Vestiges du Zaïre

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La période faste de Mobutu en images. L’exposition photographique du groupe musical Les Jecoke et les Palais de Mobutu témoigne des vestiges des années prospères du Congo. Le photographe français Gwenn Dubourthoumieu présente pour la première fois à Paris ses clichés sur la République démocratique du Congo (RDC), anciennement Zaïre. Ils sont exposés au Comptoir Général à Paris, du 26 mars au 26 avril.

Gwenn.jpgLe thème est léger. Gwenn Dubourthoumieu avait habitué à des sujets plus durs. Mais l’ancien travailleur humanitaire, récemment reconverti dans la photographie, présente ici une exposition sur le règne du président zaïrois Mobutu et le groupe de musique Les Jecoke. Les photos jouent avec les contrastes. Derrière l’état de délabrement des palais de l’ex-dictateur, on devine l’abondance et le faste. Et en dépit des visages enjoués des Jecoke, la misère frappe la sensibilité du spectateur. L’auteur de l’exposition a accepté de répondre à quelques questions.

Afrik.com : Pourquoi une exposition sur Les Jecoke et les Palais de Mobutu ?

Gwenn Dubourthoumieu :
Il s’agit de ma première exposition en France sur la RDC. Je voulais présenter des photos insolites. Une exposition avec une perspective historique à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance. J’ai auparavant traité de sujets assez durs comme la lutte des classes dans le secteur minier ou les violences conjugales et sexuelles. C’était dans une logique de sensibilisation. Cette fois, le thème est plus léger.

Afrik.com : Pourquoi avoir choisi d’exposer côte à côte un groupe musical -Les Jecobe- et les palais de Mobutu ?

Gwenn Dubourthoumieu :
Les Jecoke est un groupe musical du sud-est (Katanga). Ils divertissaient les mineurs de la Gécamines, la plus grande entreprise d’Etat d’extraction de cuivre. Les palais de Mobutu en exposition se situent au nord-ouest. Je voulais montrer le lien qui existe entre ces deux provinces. Il s’agit de deux opposés géographiques liés par l’histoire.

Afrik.com : Qui sont les Jecoke?

Gwenn Dubourthoumieu :
Les Jecoke ne sont pas un groupe à succès. C’est un groupe totalement inconnu. Ils travaillaient à la fin des années cinquante pour la plus grande entreprise du pays sous le Régime de Mobutu. Aujourd’hui, ils survivent très difficilement de petits boulots. Dans le fond, ils sont très représentatifs des Congolais qui doivent cumuler deux à trois métiers pour survivre.

Afrik.com : Vous mettez en avant le « faste des palais » de Mobutu. Mais le spectateur perçoit également des monuments en ruine…

Gwenn Dubourthoumieu :
On peut parler de faste du point de vue de la taille. Dans l’exposition, je mets en avant le faste d’autrefois. Il y a du marbre. Les palais font penser à Versailles ou les grands palais d’antan. Mais la décadence a été extrêmement rapide.

Afrik.com : Globalement, quel regard portez-vous sur cette période ?

Gwenn Dubourthoumieu :
Mobutu a continué la modernisation du pays entamé depuis la colonisation. Dans les années 60, 70, les choses allaient très bien. Une dizaine d’années fastes avant le déclin. Etant donné la nature corrompue du régime, les choses ont continuellement empiré. A la fin des années 80, 90, la plupart des entreprises étaient en faillite. Le pays était en guerre.

Afrik.com : Quel est le message de cette exposition ?

Gwenn Dubourthoumieu :
Il n’y a pas vraiment de message. Ce n’est pas une exposition engagée. Il s’agit d’une exposition pour surprendre les spectateurs. Il ne faut y voir ni nostalgie du règne de Mobutu – qui s’est autodétruit à force de corruption – ni attaque envers le gouvernement actuel.

 Le Comptoir Général, 80 quai de Jemmapes, 75010 Paris