Vers une nouvelle guerre entre Nord et Sud-Soudan ?

Trois mois avant l’ouverture du référendum d’autodétermination du Sud-Soudan, le président Omar El Béchir a affirmé son refus d’accepter toute partition du pays. Les retards accumulés dans l’organisation de la consultation font planer le doute sur sa tenue. Et les forces sudistes dénoncent des provocations de l’armée régulière qui, selon elles, voudrait mettre le feu aux poudres.

« La logique ne conduit le Sud que vers l’unité », a estimé mardi le président soudanais Omar El Béchir, à l’Assemblée nationale, alors qu’ont échoué des négociations à Addis Abbeba, sous l’égide de l’Ethiopie et des Etats-Unis, entre représentants du Nord et du Sud sur la région pétrolifère disputée d’Abyei. « Bien que nous soyons engagés par l’accord de paix global, nous n’accepterons pas d’alternative à l’unité », a déclaré M. El Béchir.

En septembre, le vice-président soudanais Ali Osmane Taha avait indiqué devant l’ONU, à New York, que son gouvernement privilégiait l’unité. Mais il avait néanmoins reconnu le droit « du peuple du Sud de choisir autrement ». En effet, selon l’accord de paix global de 2005, les Sud-Soudanais doivent se prononcer le 9 janvier sur le maintien de l’unité avec le nord du pays ou l’indépendance. Cependant, les ex-rebelles du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM, sudistes) et le Parti du congrès national (NCP, nord) du président El Béchir revendiquent chacun au moins six secteurs contestés à la frontière. Une frontière, dont la démarcation est « un facteur décisif dans la conduite d’un référendum juste et libre », selon le président soudanais.

Un référendum qui pourrait bien être mort-né, puisque pour El Béchir il ne peut en aucun cas aboutir à la partition du pays… L’impossibilité de toute évolution exprimée par Khartoum est génératrice de tensions. Selon le Lieutenant général Kuol Deim Kuol, porte-parole du SPLM, des soldats de l’armée régulière soudanaise ont tiré des coups de feu lundi soir sur le marché d’Abyei, blessant un commerçant. Un acte que le porte-parole du SPLM a décrit à la BBC comme étant une « provocation » des forces du nord, qui cherchent « un prétexte pour déclencher la guerre ». Un communiqué de l’Armée du Sud-Soudan semi-autonome (SPLA) a interprété de la même manière l’événement et affirmé que la sécurité à Abyei et à la lisière du Nord et du Sud en général « se détérior(ait) ». « Selon nos informations, le but des forces armées soudanaises est d’envahir et d’occuper la région d’Abyei et une partie de l’Etat d’Unité », situé au Sud-Soudan, a assuré le SPLA. Selon Kuol Deim Kuol, les soldats sudistes, cantonnés dans leurs baraquements, se seraient contentés de répliquer en tirant des coups de feu en l’air, de 21h00 à 2h00 du matin. Des tirs qui auraient cessé après l’intervention pacifiques des forces de l’ONU.

Un conflit récurrent

Les relations entre les nordistes et les sudistes sont chaque jour plus mauvaises. Samedi, la police a dispersé à coups de bâton, à Khartoum, des manifestants favorables à l’indépendance du Sud-Soudan qui s’étaient opposés à des partisans de l’unité. Et le président du Sud-Soudan semi-autonome, Salva Kiir, a demandé à l’ONU de déployer des Casques bleus le long de la frontière, selon des diplomates. Abyei est l’un des plus important points de fixation du conflit entre nord et sud. Plus de 100 personnes ont été tuées et 50 000 se sont enfuies suite aux combats qui s’y sont déroulés il y a deux ans. La région abrite à la fois des Dinka, sédentaires en majorité favorables à la partition, et des Misseriya, nomades arabophones nordistes. Pour le SPLM, les Misseriya ne devraient pas participer au referendum parce qu’ils ne passent que quelques mois avec leurs troupeaux à Abyei. Les négociations d’Addis Abebba ont, entre autres, achoppé sur ce point hier. Les deux parties se sont données rendez-vous à la fin du mois pour poursuivre les pourparlers, en Ethiopie, sous les auspices de l’ONU. Quant aux préparatifs du référendum d’autodétermination du 9 janvier, ils ont pris un sérieux retard. Un retard qui a amené Salva Kiirde a annoncé, la semaine dernière, qu’il était prêt à organiser seul la consultation.

Plus de deux décennies de guerre civile entre le Nord et le Sud, entre 1983 et 2005, ont fait deux millions de morts – un conflit, qui avait succédé à un autre presqu’aussi long, de l’indépendance du pays, en 1955, à 1972. Nord et Sud Soudan, réunis par la colonisation britannique au XIXe siècle, ne sont jamais parvenus à faire bon ménage. Le Nord du pays est majoritairement peuplé d’arabophones et de musulmans, tandis que le Sud, négro-africain, est à dominante chrétienne et animiste. Ce clivage ethno-religieux et la succession des conflits depuis plus d’un demi-siècle auraient pu amener le Nord à faire preuve de compréhension face à la volonté sécessionniste du Sud. Toutefois, Khartoum peine à accepter l’idée de devoir se séparer de la partie méridionale de son territoire et, avec elle, d’importantes réserves pétrolières.