Vers la fin des combats en RDC ?

Une accalmie semble s’observer depuis ce jeudi matin dans la province du Nord Kivu (Est), notamment autour de Sake. Cette localité a été le théâtre de combats à l’arme lourde, depuis le 27 août dernier, entre l’armée et des soldats insurgés ralliés au général déchu Laurent Nkunda.

Notre correspondant à Kinshasa

Selon des sources militaires, dans la zone de Kimoka, village situé à 5 km au nord de Sake, « les combats ont cessé peu après 18h00 (16h00 GMT). Nos hommes ont regagné leurs positions », a indiqué mercredi à l’AFP le colonel Delphin Kahimbi, commandant en second des Forces armées de RDC (FARDC) au Nord-Kivu. Des lieutenants du général déchu ont, eux aussi, confirmé la nouvelle de l’accalmie, après la journée plutôt « chaude, [marquée] par des bombardements de l’armée gouvernementale. Les FARDC ont engagé plus de 2 000 hommes dans la zone de Sake, dernier verrou avant la capitale provinciale Goma, une ville dont s’étaient brièvement emparés les hommes de Nkunda en novembre 2006.

« Nos brigades tiennent leurs positions et continuent à se déployer dans les territoires. Nous réagissons quand nous rencontrons des résistances », a affirmé le colonel Kahimbi.
Les brigades 14e, 15e et 6e « intégrées » – formées dans le cadre du processus national de réforme de l’armée, dit de « brassage » – dont plusieurs bataillons sont arrivés ces derniers jours dans le Nord-Kivu ont pour mission de reprendre les positions tenues jusqu’à la mi-août par les brigades « mixées », dont sont issus les insurgés nkundistes.

Pendant ce temps, le général insurgé a appelé le gouvernement au dialogue. Pour Laurent Nkunda, qui dit ne pas trouver d’interlocuteur à Kinshasa, “seul le dialogue peut favoriser un retour rapide au calme dans la province”. Il se dit même prêt à renvoyer à Goma plus d’une vingtaine de soldats gouvernementaux capturés lors de combats de ces derniers jours. Kinshasa accepte la proposition, mais à condition que Laurent Nkunda rende les armes, répond un commandant militaire de l’armée congolaise. Toutefois, pour certains observateurs, Laurent Nkunda cherche à gagner du temps en vue de se réorganiser, car ses troupes ont été en débandade après les bombardements de ses positions hier.

Les insurgés se rendent

Cent cinq soldats insurgés ont déserté les rangs du général déchu Laurent Nkunda ces dernières semaines, affichant leur volonté d’intégrer l’armée régulière. « Ces 105 déserteurs nkundistes se sont rendus aux autorités militaires congolaises au Nord-Kivu. Ils ont exprimé leur volonté de partir au « brassage » (processus national de réforme de l’armée en RDC), a déclaré à l’AFP Sylvie van den Wildenberg, porte-parole de la Mission de l’ONU en RDC (Monuc) au Nord-Kivu. Ces hommes sont venus de différentes localités du Nord-Kivu. « Nous les avons regroupés à Goma et nous les envoyons à Kitona (province du Bas-Congo, ouest) », a expliqué un responsable de l’armée ayant requis l’anonymat. Ces 105 soldats ont quitté Goma mardi soir, a-t-on précisé à la Monuc.

La Monuc très critiquée

Un membre de l’administration locale ayant requis l’anonymat a par ailleurs fait part du mécontentement de la population de Sake contre la Mission de l’ONU en RDC (Monuc). « Ils (les habitants) l’accusent de ne rien faire, ils bloquent la sortie de Sake et empêchent les Casques bleus d’aller vers Kimoka », a rapporté cette source. Des véhicules de la Monuc ont été la cible de pierres jetées par des habitants mécontents dans la matinée et ils ont dû « tirer en l’air » pour disperser la foule, a indiqué une source militaire onusienne, précisant que la situation revenait à la normale en fin de matinée.

Mercredi, la Monuc a une nouvelle fois relayé l’appel de Kinshasa, enjoignant les troupes insurgées à se rendre dans des camps de brassage de la région, pour mettre fin aux violences dont « la première victime est la population civile ».

Nouveaux déplacements de population

Lors de sa conférence de presse hebdomadaire du mercredi 5 septembre 2007, la MONUC s’est dite «très préoccupée» par les nouveaux déplacements des populations au Nord-Kivu et qu’elle observe avec attention le renforcement constant des FARDC qui ont engagé des renforts importants au Nord-Kivu. La mission onusienne a enregistré plus de 10.000 nouveaux déplacés suite aux derniers affrontements. Par ailleurs, « la MONUC a renforcé sa compagnie de casques bleus à Masisi, le 28 août, de deux sections et une base mobile opérationnelle (MOB) supplémentaire a été installée à Mushake le 29 août. Au total, au Nord-Kivu, 6 Bases mobiles opérationnelles sont actuellement actives à Kishero, Mirangi, Rwindi, Nyamilima, Nyanzale et Mushake », indique le Commandant Gabriel de Brosse, porte-parole militaire de la Monuc.

Selon la même source, la Brigade de la MONUC est intervenue à trois reprises pour favoriser les conditions de cessez le feu. Les hélicoptères de la mission ont été employés pour soutenir le déplacement de soldats des FARDC vers Masisi, évacuer les blessés de Katale, les personnels des organisations non gouvernementales. L’ensemble des moyens militaires des Nations Unies, y compris les hélicoptères de combat MI-25, assure en permanence la surveillance de la région.