Ventre aride cherche fécondation

Hariti est stérile par accident, elle rêve de procréer. Hariti est sorcière. Marre des hommes, elle se tourne vers le démon-mère Obtala. C’est la trame de l’histoire de la dernière bande dessinée d’Igor Szalewa et de Nicolas Ryser. Le graphisme est léché, captivant, l’histoire démarre au ralenti.

Côté graphisme, il n’y a rien à dire. Ou plutôt si. Hariti est une grande réussite. Les auteurs, Igor Szalewa et Nicolas Ryser, ont créé un univers hors espace. L’histoire se déroule effectivement en Afrique. Mais les couleurs et le graphisme sont personnels. Couleurs-cauchemars, couleurs-rêves. Commençons par la présentation. Hariti est une prêtresse au ventre aride qui rêve d’avoir un enfant. Les étalons de la région sont impuissants à la fertiliser. Hariti se détourne des hommes pour mettre son destin entre les mains du démon-mère Obtala. Débute un récit digne des Mille et une nuits. Direction la cité interdite où les auteurs réinventent le péché originel dans un décor paradoxal. Hypnotique.

L’Eden des cauchemars

Inutile d’essayer de situer le pays où se déroule l’épopée. L’Afrique de Nicolas Ryser est méconnaissable. Elle sort d’une imagination torturée. Elle est stylisée, anguleuse comme les personnages, et tour à tour chaude et froide. Les héros sont travaillés au scalpel, méthodiquement défigurés, les traits exagérément tendus. Cela a pour résultat de transfigurer leur beauté. La scène de danse extatique de Hariti autour du démon-mère, découpage déroutant, est à multiples facettes. Il y a différents niveaux de lecture. Avec un bonus : le démon-mère hermaphrodite.

On rentre dans Hariti avec étonnement. Les repères sont brouillés. On est un peu dérouté par le graphisme. On s’y accroche puis on en ressort en se demandant à quand la suite. Le premier épisode est un hors-d’oeuvre. On commençait juste à y prendre goût. Vivement la suite ! Une bédé à lire en deux temps. Se gaver du graphisme puis revenir à l’histoire. Le contraire est impossible.

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