Vente de pièces détachées automobiles : un business lucratif au Sénégal

Une boutique de pièces détachées
Une boutique de pièces détachées

Le commerce de pièces détachées automobiles n’a pas été très affecté par les différentes crises que l’Afrique traverse, notamment la pandémie de Coronavirus et les conséquences de l’invasion ukrainienne. C’est du moins le cas au Sénégal où les vendeurs actifs dans le secteur continuent de se frotter les mains.

Quasiment toutes les gares routières du Sénégal sont entourées de magasins de vente de pièces détachées automobiles. Que cela soit celles de Dakar, comme Thiaroye ou les Baux Maraîchers, où à Thiès, les clôtures de ces lieux de stationnement de voitures de transport en commun sont bordées de cantines qui proposent différentes pièces de rechange, d’origine comme adaptables, d’occasion comme neuves. Pour la plupart du temps, il appartient au client de faire son choix sur la pièce à acheter. Naturellement, au Sénégal, les pièces des voitures Renault et autres Peugeot sont les plus vendues.

Des pièces automobiles qui empruntent un long parcours

Les pièces d’occasion, appelées «venant», comprenez par venant de l’étranger, généralement de l’Occident, sont les plus prisées par les automobilistes. D’ailleurs, les mécaniciens ont plus tendance à conseiller d’acheter cette qualité. Les pièces neuves que l’on trouve généralement chez le concessionnaire sont souvent hors de prix chez le citoyen lambda. La pièce neuve pouvant coûter jusqu’à 10 fois plus cher que celle proposée en occasion. C’est donc la ruée vers ces boutiques qui ne vendent que des «pièces venant».

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Avant d’atterrir dans ces commerces, ces pièces automobiles empruntent un long parcours. «Tout dépend des moyens dont on dispose. Certains importent des pièces en rapport avec l’électricité, comme les dynamos, les déclencheurs, les ampoules, les appareils clignotant et autres électrovannes, tandis que d’autres ne font que des pièces mécaniques, telles que les cardans, les crémaillères, les suspensions et autres boîtes à vitesses. Il y a d’autres qui ne s’intéressent qu’au petit matériel en lien avec la climatisation, comme les condensateurs, les compresseurs», confie Assane Ngom, actif dans le secteur depuis une vingtaine d’années.

Des recettes journalières pouvant aller jusqu’à 5 millions FCFA

Pour obtenir ces pièces, il faut sillonner les pays européens comme la France, la Belgique d’où proviennent la plupart de ces pièces. Entre les garages et les lieux de casse, il faut chercher. «J’ai un contact en France avec qui je travaille depuis plusieurs années. Il sait ce dont j’ai besoin et la fréquence de mes commandes. Il se charge de réunir les pièces détachées dans les garages ou les casses. Et lorsqu’il parvient à remplir un conteneur, je me rends sur place pour vérifier la marchandise avant le chargement», confie pour sa part Abdou Guèye. «D’autres qui ne sont pas de grands commerçants se regroupent par cinq ou même plus, pour pouvoir remplir un conteneur et faire leur business», poursuit-il.

Pièces détachées

Passée cette étape, il faut s’acquitter des charges de transport, en plus des droits de douanes avant de pouvoir mettre sur le marché ces pièces détachées automobiles. «Ceux qui ne font que vendre des moteurs, se retrouvent parfois avec des recettes journalières pouvant aller jusqu’à 5 millions FCFA. Pour ceux qui ne font que des pièces de rechange, comme les silentblocs, les fusées, les amortisseurs et autres organes, ils peuvent écouler jusqu’à 1 million de FCFA en marchandises, chaque jour», poursuit M. Guèye qui reconnaît que «tous ceux qui évoluent dans le secteur ne se plaignent pas».

Un marché envahi par les pièces chinoises de mauvaise qualité

Idem pour les automobilistes sénégalais qui se ruent vers ces boutiques spécialisées. «Les Chinois et autres Nigérians ont envahi les marchés africains avec leurs pièces de mauvaise qualité. Non seulement, ce sont des pièces contrefaites et ne répondent généralement pas aux normes, mais le problème est qu’assez souvent, ces pièces sont responsables de plusieurs accidents sur nos routes. C’est le cas des pneus mal rechapés qui se détériorent à certaines vitesses. Ou des pièces qui lâchent en pleine autoroute parce que non adaptées. Ce qui fait que ceux qui ont les moyens vont acheter leurs pièces de rechange chez le concessionnaire. Ceux qui ne sont pas nantis se rapprochent de ces boutiques de pièces d’occasion et trouvent leur compte», explique Maguette Diop, ingénieur automobile.

Des pièces importées d’Europe que la plupart des mécaniciens conseillent à leurs clients dont les moyens sont limités. C’est le cas de Mouride Thiam, mécanicien, qui confie qu’à défaut de pouvoir acheter une pièce chez le concessionnaire, «je préfère me rabattre sur les vendeurs de pièces venant. Il m’arrive d’acheter des pièces neuves non-originales, comme les mètre-cylindres où les plaquettes de frein, lorsque je n’arrive pas à trouver sur le marché une pièce originale en occasion. Pour tout ce qui est de pièce charnière, en rapport avec la sécurité du conducteur, je préfère de loin l’original, neuf ou d’occasion. Et souvent, c’est la pièce d’occasion que j’achète, car la plupart des clients ont un budget modeste».

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