Mouride Thiam : mécanicien et fier de l’être


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Mouride Thiam
Mouride Thiam

Depuis sa tendre enfance, il fricote avec la mécanique. Dans son Thiès natal, Mouride Thiam, qui fréquentait l’école élémentaire Som, du nom du quartier où il habitait, ne chômait pas pendant les vacances scolaires, puisque ses heures creuses étaient consacrées à l’apprentissage de la mécanique. Aujourd’hui âgé de 39 ans, l’homme dirige un garage de mécanique générale. AFRIK.COM est allé le rencontrer.

« Mouride, tu as de la visite ». C’est en ces termes que l’équipe d’AFRIK.COM a été annoncée, ce mardi, à 19H18 GMT. Un de ses apprentis venait en effet de lui annoncer notre présence dans son garage, en partie envahi par les eaux de pluie. Cela ne l’empêche pas d’être au four et au moulin. « Mouride, le véhicule a pété le joint de culasse », lance un autre de ses apprentis à qui il avait été confié le diagnostic d’une voiture. « Il faut alors la déculasser et changer le joint. Il faut vérifier si le chauffage n’est pas trop grave au point de détremper les segments », répond Mouride Thiam, d’une voix très posée.

Après les salamalecs d’usage, l’entretien pouvait démarrer, toutefois entrecoupé par quelques apprentis qui venaient lui soumettre quelques pannes. « J’ai embrassé ce métier très tôt. Je pense que je n’avais même pas six ans. En fait, je fréquentais l’atelier de mécanique générale d’un de mes oncles. A force d’y aller, j’avais fini par aimer ce métier. Même pendant l’année scolaire, il m’arrivait de m’y rendre les samedis et passer mon temps à aider dans le travail », confie celui qui est devenu chef de garage. De son lieu d’habitation situé au quartier Som, qui abritait aussi son école, le jeune garçon qu’il était parcourait quelque 2 kilomètres à la quête de savoir-faire.

Mouride Thiam« Contrairement aux autres enfants, certains de mon âge, d’autres beaucoup plus âgés que moi, je n’ai jamais été sanctionné par mon patron de l’époque, qui était très exigeant. Il arrivait qu’il hausse un peu le ton. Quelques-uns de ses assistants n’hésitaient pas à porter la main sur certains qui étaient terribles. Pour ma part, je restais toujours concentré sur le travail. Un travail que j’aimais du fond du cœur. Car, personnellement, j’ai toujours considéré la mécanique comme un art. Le mécanicien est pour la voiture ce que le médecin est pour l’homme. Celui qui vient voir le mécanicien pour une panne espère le voir lui régler son problème. C’est comme le patient qui va voir le médecin, c’est pour qu’il le soigne », poursuit l’homme qui est marié à deux épouses.

Pas étonnant que Mouride fasse suivre ses pas à ses enfants. L’un d’eux, Bollé, à peine âgé de 8 ans, fréquente son garage où il fait de petits travaux, comme son père, à son époque. Etant en grandes vacances, Bollé, qui fréquentait le garage de son père les week-end, pendant l’année scolaire, est régulier en ces temps de congés scolaires qui durent un peu plus de deux mois. « Le thé est un peu trop sucré », notifie Mouride à son fils qui venait de lui servir une tasse de thé noir bien chaud. « Il faudra diminuer un tout petit peu le sucre », ajoute le papa au fils qui répond par un hochement de la tête.

« C’est un petit paresseux, ce gosse », confie Mouride qui indique venir avec son fils au garage pour lui éviter de passer ses journées à errer dans les rues. « A son âge, j’étais déjà très doué en mécanique. C’est d’ailleurs ce qui me valait le respect que me vouait mon patron », se glorifie-t-il debout sur un mètre soixante-quinze pour environs 86 kilos. « La mécanique est un métier très noble. Car le principe part de l’assistance, le soutien d’une personne en détresse. Car tout individu qui voit sa voiture tomber en panne est en détresse. Il a donc besoin d’assistance. Et c’est là où intervient le mécanicien. Raison pour laquelle, je suis fier d’être mécanicien ».

« Je ne cesserai de remercier mon ancien patron, Bollé Diaw, qui était aussi mon oncle et qui m’a beaucoup marqué. Sa gentillesse et sa bonté m’ont tellement marqué que j’ai copié sur lui quand j’ai fondé ma famille. J’ai compris qu’on pouvait éduquer quelqu’un, surtout un enfant, sans brutalité aucune. Jusqu’à ce que je quitte son atelier, après son décès, pour aller m’installer avec son troisième assistant, jamais je n’ai eu de brouille avec mon patron qui était un homme d’une exemplarité inégalable. C’est en 1999 que nous avons quitté son garage pour tenter de voler de nos propres ailes. Au début, c’était très difficile, mais nous maîtrisions le travail, les choses se sont très vite décantées », confie celui qui est par ailleurs père de six enfants.

Mouride Thiam ne pouvait terminer sans évoquer quelques difficultés rencontrées dans son métier, qu’il dit respecter. « Je tiens beaucoup à respecter mes engagements, surtout les délais retenus avec le client. Mon seul souci, c’est souvent le manque de matériel, certaines clés qui font défaut et qui nous retardent un peu dans l’exercice. Mais à part cela, j’avoue que je me plais bien dans ce travail que je tente de faire au mieux ».

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Journaliste pluridisciplinaire, je suis passionné de l’information en lien avec l’Afrique. D’où mon attachement à Afrik.com, premier site panafricain d’information en ligne
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