Unesco : comment Irina Bokova a damé le pion à Farouk Hosni

Le soutien mou de la France ? Les pressions sionistes ? Les Etats-Unis ? Qu’est-ce qui a causé la perte de Farouk Hosni, pourtant parti largement favori pour prendre les commandes de la prestigieuse Unesco ? Depuis le Caire, l’intéressé dénonce des « pressions sioniste » et regrette un scrutin « politisé».

C’est la surprise générale. Le candidat Egyptien Farouk Hosni, 71 ans, ministre de la Culture depuis 22 ans, n’a pas réussi à prendre la tête de l’Unesco en dépit de ses nombreux soutiens, et des intenses efforts diplomatiques déployés par son pays, la Ligue arabe et l’Union africaine. Contre toute attente, c’est Irina Bokova qui remporte la mise. Elle a empoché 31 voix contre 27 pour Hosni, mardi 22 septembre à l’issue du 5ème tour de scrutin, devenant ainsi la première femme à diriger l’organisation.

« Pressions antisémites »

Les trois premiers tours avaient pourtant conforté le ministre égyptien de la Culture dans son statut de favori, malgré le fait qu’aucune majorité n’avait pu être trouvée. Selon le quotidien égyptien progouvernemental El-Ahram, Farouk Hosni a été victime d’une « féroce campagne médiatique juive ». Durant ces derniers mois de campagne, Farouk Hosni était au centre d’une intense polémique au sujet de propos jugés antisémites qu’il avait prononcés dans l’enceinte du parlement en 2008. Le ministre de la Culture avait déclaré qu’il brûlerait lui-même les livres israéliens s’il en trouvait dans les bibliothèques égyptiennes. Les « regrets » publics qui suivirent et la décision d’Israël de ne pas s’opposer à sa candidature n’ont pas suffi à calmer le jeu. Des intellectuels français comme Elie Wiesel, Claude Lanzmann, Simone Weil ou encore Bernard-Henri Lévy et bon nombre d’organisations sont montés au créneau ces derniers jours pour dénoncer l’ « antisémitisme » du candidat égyptien. Farouk Hosni a dénoncé mercredi depuis le Caire une élection « politisée » et des « pressions sionistes » exercées contre lui.

Les Etats-Unis et l’Europe montrés du doigt

Al Ahram accuse les Etats-Unis et l’Europe d’avoir pesé de tout leur poids à l’issue du 4ème tour pour faire perdre Hosni, faisant au passage état de rumeurs selon lesquelles des membres des délégations votantes se seraient vues proposer des pots-de-vin pour reporter leurs voix sur Irina Bokova. Rumeurs démenties pas un porte-parole de l’organisation à l’Associated Press.

La France accusée

La France aurait également contribué à la perte du candidat Farouk Hosni. « La position ambigüe de la France a été à l’origine de l’hésitation de certains pays africains francophones à voter pour Hosni », regrette Al Ahram. Soutien affiché du candidat égyptien avant même l’arrivée de Sarkozy au pouvoir en 2007, Paris s’est faite plus discrète depuis la polémique déclenchée par les propos de farouk Hosni en 2008, mais continué à soutenir discrètement la candidature égyptienne pour défendre ses intérêts stratégiques dans la région, notamment le projet de l’Union Pour la Méditerranée (UPM) cher à Nicolas Sarkozy, coprésidé par le président égyptien Hosni Moubarak.

Malgré la défaite de Farouk Hosni, cette élection garde toujours un goût d’inédit. A défaut d’une première personnalité arabe, l’Unesco élit pour la première fois une femme à sa tête. Présentée comme une ancienne communiste devenue une européenne convaincue, Irina Bokova a d’emblée joué la carte de l’apaisement à l’issue du scrutin : « j’ai dit à la délégation égyptienne que j’espérais que nous allions être ensemble, parce que je n’ai jamais cru à l’idée du clash des civilisations ». La nomination de la diplomate bulgare devra être entérinée le 15 octobre prochain, à l’occasion de la Conférence générale qui réunit les représentants des 193 Etats membres de l’Organisation.

Lire aussi :

 Elections à l’Unesco : quatre Africains pour un fauteuil