Une place de la liberté de la presse à Alger

Les autorités algériennes avaient certes bien choisi leur moment : alors que les quatrièmes Journées de la presse arabe francophone battaient leur plein à Alger, alors que le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel français, Hervé Bourges, était à Alger pour ouvrir une réunion exceptionnelle de l’Union Internationale des Journalistes et de la Presse de Langue française (UIJPLF) et pour rencontrer le président Abdelaziz Bouteflika, alors qu’était célébré dans le monde entier, à l’appel de l’ONU, une journée nationale pour la liberté de la presse…

Et en pleine affaire Ben Brik, la grève de la faim du journaliste tunisien mettant en exergue sur un plan international les limitations de la liberté de la presse dans ce pays… Peu après la récente interdiction à la vente au Maroc de l’hebdomadaire  » Le Journal « , qui avait donné la parole, en Une, au leader du Front Polisario… L’Algérie s’est donné les gants d’apparaître comme la terre promise de la liberté de la presse, cadre d’une lutte toujours recommencée pour que triomphe l’indépendance et la rigueur des journalistes.

C’est donc solennellement accompagné d’Hervé Bourges qu’Abdelmadjid Tebboune, ministre de la Culture et de la Communication , a inauguré le 3 mai 2000 à 9h00 du matin la « Place de la liberté de la presse « , en plein centre d’Alger. A cette occasion, le Ministre a multiplié les déclarations de principe s’engageant, en reprenant les propos du président Abdelaziz Bouteflika, à ce que le marché audiovisuel algérien avance vers  » une ouverture sereine et responsable « , ne cachant pas qu’il comptait pour cela s’inspirer de l’expérience française  » qui n’a ouvert ce champ qu’en 1982 « 

Verra-t-on réapparaître le projet d’une instance de régulation de l’audiovisuel indépendante ? Il importe de souligner qu’Hervé Bourges, interrogé par Afrik.com, restait pour sa part évasif : « Les principes de la régulation de l’audiovisuel doivent être admis et appliqués dans chaque pays, en fonction des réalités culturelles et politiques locales… «  Même s’il réaffirmait par ailleurs « que les acteurs français de l’audiovisuel, au premier rang desquels le Conseil supérieur de l’audiovisuel, seront les partenaires naturels des évolutions envisagées par les acteurs algériens, chaque fois que ceux-ci le leur demanderont. »

Plusieurs phrases d’Abdelmadjid Tebboune auront en tout cas frappé les esprits, sur  » les journalistes qui ont courageusement arraché la liberté de la presse, que nous défendrons comme une décision irréversible de la démocratie « .