« Une période critique pour stabiliser la Côte d’Ivoire »

Dakar/Brussels, 1 August 2011: Contraint à une épreuve de force pendant cinq mois pour conquérir un pouvoir que son élection en novembre dernier aurait dû lui donner pacifiquement, le nouveau président de la Côte d’Ivoire doit maintenant relever de nombreux défis urgents pour empêcher le pays de se fragmenter.

Une période critique pour stabiliser la Côte d’Ivoire, le dernier rapport de l’International Crisis Group examine les mesures que Alassane Ouattara doit prendre dans les domaines de la sécurité, de la justice, du dialogue politique et de l’économie, et souligne qu’il doit s’assurer avant tout que toutes ses dé-cisions favorisent la réconciliation nationale. La communauté internationale – notamment les Nations unies qui maintiennent une force de maintien de la paix (ONUCI) dans le pays – doit travailler avec le gouvernement pour remédier au vide sécuritaire, faciliter un dialogue politique inclusif, préparer les élections législatives avant la fin de l’année et relancer l’activité économique.
« Le nouveau gouvernement ne doit pas sous-estimer les menaces qui continuent à planer sur la paix », affirme Gilles Yabi, directeur du Projet Afrique de l’Ouest de Crisis Group. « Il doit rompre avec l’ivresse du pouvoir qui a conduit ses prédécesseurs à faire des choix désastreux au cours des deux dernières décennies ».

Ouattara a gagné l’élection de novembre 2010 mais son rival, l’ancien président Laurent Gbagbo qui avait obtenu 46 pour cent des voix, a mené une violente campagne pour conserver le pouvoir. Les for-ces armées se sont divisées et des milliers de civils ont été tués.

La sécurité est le premier défi pour le nouveau gouvernement. Les Forces nouvelles, l’ancienne rébel-lion qui a largement permis à Ouattara de faire partir Gbagbo, doivent être démantelées ainsi que leur mécanisme de contrôle économique. Les forces de l’ONUCI doivent aider à combler les failles de l’appareil de sécurité et à trouver de nouveaux moyens pour collecter les armes présentes à travers le pays. Un système de sélection est nécessaire pour identifier et écarter des futures forces armées les membres des ex-unités gouvernementales et des ex-rebelles qui ont commis des violences graves.
Il est indispensable que le processus de réconciliation commence immédiatement. La Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation doit rapidement donner des gages d’indépendance et de crédibilité. Les autorités judiciaires doivent enquêter sur les crimes commis par les deux camps et le président devrait demander à la Cour pénale internationale de se pencher sur les atrocités les plus graves depuis 2002 et pas seulement sur celles qui ont suivi la dernière élection présidentielle. Le nouveau gouvernement doit créer un espace politique pour l’opposition, notamment en invitant le parti de Gbagbo au dialogue, avec l’intention de permettre leur pleine participation aux élections législatives.

« Le président doit prendre des décisions courageuses en matière de sécurité, de justice, de relance économique et inclure un élément de réconciliation dans chacune de ses décisions », déclare Comfort Ero, directrice du Programme Afrique de Crisis Group. « Son arrivée au pouvoir ne doit pas masquer la
réalité d’une Côte d’Ivoire toujours fragile et instable ».

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