Une mission de fous

Serge-Olivier Mundo créé l’événement dans la capitale camerounaise. Il réunit les malades mentaux qui errent dans les rues pour les soigner sur un terrain vague en centre-ville. Ce tradipraticien exécute la mission que lui auraient confiée ses ancêtres. Pour le plus grand bonheur des fous. Interview.

Les gens s’attroupent, regardent, un peu étonnés. Certains viennent l’interroger, lui parler, d’autres lui donner de l’argent. Cela fait 15 jours que ce petit manège a commencé. Depuis que Serge-Olivier Mundo est arrivé à Yaoundé et s’est mis à rassembler tous les malades mentaux qui erraient dans la rue sur un terrain vague, en centre-ville. Certains prétendent qu’il suffit à Serge de toucher les fous avec un bâton pour qu’ils se calment et le suivent docilement. Lui répond simplement qu’il s’agit de sa  » mission « . Cet ancien homme de théâtre, né à Nanterre (région parisienne), a grandi au Cameroun. Il y a quatre ans, il a reçu le  » don  » de guérir et s’est fait tradipraticien. Depuis trois mois, ses ancêtres lui sont apparus pour lui ordonner de  » délivrer  » les fous. Personne ne sait trop quoi en penser. Mais les fous ont l’air heureux et Yaoundé respire la joie.

Afrik : Comment en êtes-vous arrivé à soigner les fous ?

Serge-Olivier Mundo : J’ai eu une révélation. Mes ancêtres me sont apparus en rêve et m’ont confié cette mission. En même temps, ils m’ont donné le pouvoir d’accomplir cette charge. Les fous ont été prévenus, ils m’attendent : je suis leur délivrance. C’est pour cela que je n’ai aucun mal à faire en sorte qu’ils me suivent.

Afrik : De combien de fous vous occupez-vous ?

Serge-Olivier Mundo : J’en ai 62. J’ai commencé il y a trois mois dans mon petit village de Bana. Puis je me suis installé à Douala, près des abattoirs, derrière la gendarmerie. C’est le gouvernement, via le ministère de l’Habitat et le gouverneur de la province du littoral, qui m’a donné un bâtiment. Récemment, j’ai fais le voyage à Yaoundé pour ramener avec moi à Douala les fous de la capitale.

Afrik : Comment les soignez-vous ?

Serge-Olivier Mundo : A l’aide de plantes médicinales. Nous faisons également des activités, du football et du basket. J’ai des personnes qui m’aident dans ma tâche, mais ce ne sont pas des tradipraticiens. On ne peut pas encore parler de guérison, car il est encore trop tôt pour cela. Il faut compter au moins six mois avant d’avoir des résultats. Tout ce qu’on peut dire c’est qu’avant de me trouver, ils ne savaient pas où ils étaient. J’espère simplement qu’ à terme ils pourront se réinsérer dans la société en pleine forme.

Afrik : Que pensez-vous des traitements plus classiques, de la psychiatrie…

Serge-Olivier Mundo : Je n’ai pas de jugement à porter sur ces pratiques. Je ne fais que ma mission. Je tiens à dire que je ne crois en aucune religion en particulier. Je crois en Dieu.

Afrik : Avez-vous besoin de soutien, de financement ou de dons ?

Serge-Olivier Mundo : je ne veux pas d’argent car je suis en mission. C’est mon rôle de traiter les fous. Tout ce dont nous avons besoin, c’est de vieux vêtements, de matelas et de nourriture. Nous avons déjà reçu beaucoup de soutiens : de la part des gens, de la part de monsieur Dien Khalifa du corps diplomatique qui nous aide pour le transport de Yaoundé à Douala, de la part même du neveu du chef de l’Etat… En quelque sorte, c’est un succès.

Afrik : Vous pensez faire cela toute votre vie ?

Serge-Olivier Mundo : Je ne sais pas…Mais, je ne pense pas. Une personne ne peut pas guérir le monde entier. Ces malades ont souffert très longtemps : je vais les aider, et après j’en aurais fini.

Photos

Serge Olivier Mundo ;

Serge-Olivier Mundo et ses fous;

Serge Mundo supervise les activités.