85 secondes avant minuit : l’Afrique face à une horloge qu’elle n’a pas réglée


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Horloge
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Ce mardi, le Bulletin of the Atomic Scientists a avancé son horloge de l’Apocalypse à 85 secondes de minuit. Il s’agit d’un record historique depuis sa création en 1947. Jamais, en près de 80 ans d’existence, ce symbole universel n’avait indiqué une imminence aussi critique de la catastrophe globale.

Les scientifiques, parmi lesquels huit lauréats du prix Nobel, pointent les inquiétudes grandissantes concernant les armes nucléaires, le changement climatique et la désinformation. Les grandes puissances, États-Unis, Russie, Chine, sont devenues « de plus en plus agressives, hostiles et nationalistes » , dans un contexte où les accords internationaux patiemment construits s’effritent.

Un paradoxe africain

L’ironie est cruelle pour le continent africain. Bien qu’éloignée des zones de tension nucléaire, l’Afrique n’est pas à l’abri des répercussions d’une guerre nucléaire. Les neuf États détenteurs de l’arme atomique possèdent environ 12 300 têtes nucléaires ; l’utilisation de seulement quelques % de ces armes pourrait perturber le climat mondial et menacer la vie de 2 milliards de personnes, dont une part considérable sur le sol africain, où l’agriculture dépend à 95 % des pluies.

L’Afrique subit ainsi doublement les menaces qui font avancer l’horloge. Le changement climatique, accéléré par les émissions des pays industrialisés, frappe déjà durement le continent : sécheresses au Sahel, inondations en Afrique de l’Est, insécurité alimentaire chronique. Et voilà qu’un conflit nucléaire décidé sans elle, à des milliers de kilomètres, pourrait plonger la planète dans un hiver qui anéantirait ses récoltes.

Une voix qui porte

Face à cette injustice, l’Afrique ne reste pas silencieuse. En mars 2025, lors de leur troisième réunion, 17 États africains ont officiellement reconnu que la dissuasion nucléaire constituait une préoccupation majeure en matière de sécurité et ont appelé les puissances nucléaires à désarmer. Le continent, qui s’est déclaré zone exempte d’armes nucléaires dès 1996 avec le Traité de Pelindaba, incarne une forme de sagesse collective que les grandes puissances feraient bien d’écouter.

Il est important de rappeler que l’horloge de l’Apocalypse n’est pas une prédiction, mais un diagnostic. Elle dit simplement ceci : les décisions prises aujourd’hui par quelques dirigeants engagent l’humanité entière. L’Afrique, qui représentera un quart de la population mondiale d’ici 2050, a toute légitimité pour exiger sa place à la table où se décide son avenir.

Quatre secondes de plus vers minuit, c’est la modificaiton qui vient d’avoir lieu. Quatre secondes qui rappellent que le temps presse. Il appartient à ceux qui n’ont pas allumé la mèche de faire entendre raison à ceux qui tiennent l’allumette.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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