Une journée dans la vie d’un testeur de préservatif en Afrique du Sud

Avant que vous ne le dérouliez, il y a des gens qui le mettent à l’épreuve. IRIN/PlusNews est entré au coeur du South African bureau of standards (SABS), qui teste entre autres les préservatifs, pour voir ce que cela demande de s’assurer que les préservatifs sont vraiment à l’avant-garde de la prévention du VIH/SIDA.

SABS teste absolument tout, depuis les couches de bébé jusqu’aux sardines, dans ses locaux de Pretoria, la capitale sud-africaine. Le bâtiment lui-même est un dédale de vestibules et de laboratoires, paré de tous les attributs de la science –des blouses blanches, divers instruments et microscopes.

A l’extérieur, au-delà de vastes jardins, à côté d’un amoncellement d’équipements hors d’usage, se trouvent le laboratoire qui permet de tester les préservatifs et Isabella Masemola.

Avec une formation initiale d’ingénieur en électricité, Mme Masemola, qui est maintenant l’une des principales responsables des tests, a intégré le SABS à la fin des années 90 et a commencé par tester des compteurs d’eau pour les particuliers, avec une envie irrépressible d’expérimenter quelque chose de différent.

Elle est arrivée dans le laboratoire de test des préservatifs en avril 2007, juste avant que le laboratoire et le SABS ne se retrouve au centre d’accusations selon lesquelles le responsable des essais, Sphiwe Fikizolo, aurait accepté de l’argent d’un fabricant de préservatifs en échange d’un certificat de conformité pour des préservatifs défectueux. Il a ensuite été reconnu coupable de fraude et corruption.

Dans un pays où le taux de prévalence est de près de 20 pour cent, le ministère de la Santé a dû rappeler 20 millions de préservatifs, suite à cette affaire. « C’était une période très stressante parce que c’était une chose à laquelle on ne pouvait pas s’attendre », s’est souvenu Mme Masemola.

« Je veux dire que si on avait pu s’en douter, on aurait pu tirer la sonnette d’alarme, mais on ne pouvait vraiment pas s’y attendre ; on ne pouvait pas s’attendre à ce que l’immoralité d’un individu puisse mettre en danger la vie des gens », a-t-elle dit.

Le risque, tout comme l’erreur, n’est pas quelque chose qui peut être associé à un laboratoire tel que celui-ci. Par exemple, l’air dans le laboratoire est purifié deux fois.

La température, l’humidité et la pression sont contrôlées avec soin et enregistrées pour s’assurer que les conditions de test restent aussi constantes que possible avec des techniciens de laboratoire qui testent des échantillons de cinq lots de préservatifs prélevés au hasard, soit 4 000 préservatifs par jour, soumettant ce caoutchouc à de rudes épreuves.

Une armada de tests

La barrière des tests, issue des directives de l’Organisation mondiale de la santé, commence avec une pesée pour déterminer si le préservatif est assez lubrifié ou non. Les préservatifs et les emballages sont donc pesés électroniquement avant que les préservatifs déroulés ne soient plongés dans un bain d’isopropanol qui est chauffé à 40 degrés Celsius, ce qui permet de les débarrasser de leur lubrifiant avant que l’isopropanol ne puisse s’évaporer et que les préservatifs et leur emballage soient à nouveau repesés.

L’étape suivante consiste à mesurer à l’aide d’une baguette les spécificités minima – 180 millimètres de long sur 52 de large. L’épaisseur est aussi vérifiée.

De là, les préservatifs sont mis dans le four du laboratoire et ‘roussis’ jusqu’à 70 degrés pour évaluer la durée de vie du latex, avant d’être envoyé dans ce que Mme Masemola et son équipe appellent en plaisantant la cocotte minute.

C’est dans cet appareil que les préservatifs sont soumis à une pression extrême dans un récipient en verre, simulant les conditions à différentes altitudes pour tester la résistance de l’emballage.

Si un seul préservatif sur un lot de 800 échoue aux tests, c’est le lot entier qui échoue. « Ces préservatifs voyagent dans différents pays, sont stockés sur des rayons différents, et finissent parfois dans les portefeuilles des gens », a dit Mme Masemola. « Nous devons nous assurer qu’ils résisteront ».

Elle a désigné sur son bureau un lot de prophylactiques qui n’avait pas résisté au passage à la cocotte minute, suintant de lubrifiant : « le fabricant va peut-être raconter qu’il n’y en avait qu’un [lot de préservatifs défectueux] mais il faut se demander combien d’autres ils ont dans leur usine ? ».

Mais les torsions et poussées, la chaleur et la pression, sont des épreuves mineures comparées aux tests les plus importants qui attendent les préservatifs : ceux qui permettent de vérifier qu’ils ne comportent pas de trous ou de points de ruptures.

Les préservatifs sont suspendus à des bras mécaniques au-dessus d’un réservoir contenant une solution d’eau iodée, et ils sont également remplis de cette solution liquide pour vérifier les éventuels trous visibles avant d’être plongés dans le réservoir, où des capteurs détectent toutes les éventuelles perforations et leur localisation.

Si un trou est détecté à 28 millimètres de l’ouverture du préservatif, ce dernier est acceptable. A 29 millimètres du bout, il échoue au test. Deux échecs à ce test et c’est le lot de préservatifs entier qui est écarté, a dit Mme Masemola.

Non loin du réservoir se trouve l’appareillage qui sert à gonfler les préservatifs. Les préservatifs sont remplis d’air purifié jusqu’à ce qu’ils atteignent environ un mètre de long.

Pour Mme Masemola, tout ce travail représente bien plus que de simples calculs. « Si vous tombez sur un préservatif qui a été approuvé par le SABS, vous pouvez être rassuré parce qu’il vient de mes mains », a-t-elle dit. « Je suis une femme et je sais ce que les femmes veulent ».