Une ivoirité de papier !

C’est ce lundi que prend effet la loi sur l’identification des Ivoiriens. Munis de leurs extraits de naissance, les citoyens sont appelés à valider leur nationalité par l’obtention de documents officiels. Recensement nécessaire ou fichage policier ? La nouvelle mesure ne plaît pas à tout le monde.

 » La nouvelle politique d’identification n’est dirigée contre personne « , n’a cessé de répéter Koné Al Moustapha, directeur général de l’Organisation nationale d’identification (Oni). La loi sur l’identification des Ivoiriens, adoptée le 3 janvier dernier, fait des inquiets. Sa mise en application doit commencer ce lundi, à Abidjan et dans le sud du pays. Les citoyens sont appelés à se rendre dans les 186 bureaux de poste nationaux, munis de leur certificat de naissance pour se faire délivrer une carte d’identité ou un titre de séjour. L’Oni se donne six mois pour régulariser tous les habitants. A partir de l’année prochaine, toute personne vivant en Côte d’Ivoire et ne pouvant justifier de son identité sera passible d’une peine allant de un à cinq ans de prison et d’une amende de 100 000 à 500 000 francs cfa (151 à 754 euros), selon les textes.

L’ivoirité, un  » gros mot « 

Pour Grattié Lavery, du service de communication de l’Oni, il n’y a  » aucun problème. Personne ne manifeste d’inquiétude ici. Il y a eu une très bonne campagne d’information et il s’agit simplement d’une formalité administrative « . L’Oni assure s’être entretenue avec tous les partis politiques et avoir obtenu un parfait consensus. L’affaire Ouattara avait douloureusement mis l’accent sur la notion d’ivoirité, mais, manifestement, pour l’administration, il s’agit d’un concept à bannir :  » Il y a des gros mots qu’il vaut mieux ne pas employer « .

La procédure d’identification met mal à l’aise certains habitants du nord du pays. Des gens au patronyme trop marqué craignent une montée de xénophobie. Comme le souligne Jean-Baptiste Akrou de Fraternité Matin, certains noms, comme Touré, Ouattara ou Coulybaly sont parfois difficiles à assumer. La peur de ne pas être reconnu comme un  » véritable  » Ivoirien est également très présente. Dans certaines régions, comme à Odienne, dans le Denguelé, les chefs traditionnels hésitent à cautionner la nouvelle mesure. Des Ong comme SOS exclusion ont également signifié clairement leurs craintes et leurs réticences. Au coeur du problème, c’est la cohésion même du pays qui est en jeu.