Une exposition marocaine itinérante présente l’art pour la paix

Une exposition d’art insolite est sur le point d’arriver à Jérusalem cette semaine. Cette exposition exceptionnelle, intitulée  »Exposition Essaouira Mogador pour l’héritage marocain », rend compte des valeurs de la paix, telles que la fraternité et la tolérance, présentes dans plusieurs cultures et religions, à travers le remarquable travail d’artistes et d’artisans traditionnels marocains.

C’est en septembre dernier, dans le hall du Croissant rouge marocain, que la ville d’Essaouira a présenté l’exposition sur le patrimoine marocain organisée par l’Association Essaouira-Mogador. L’exposition est itinérante et s’ouvrira à Jérusalem le 18 novembre prochain, fête de l’indépendance du Maroc. Par la suite, plusieurs grandes villes du Moyen-Orient accueilleront cette exposition.

Les peintures, sculptures, céramiques et bijoux présentés dans le cadre de cette exposition racontent une histoire de fraternité, de tolérance et de paix au milieu de races et de religions, entre musulmans, juifs et chrétiens.

Des peintures expriment l’unité à travers les symboles des trois religions divines: l’étoile de David, la croix et le croissant. Certaines des poteries et céramiques sont en argile, ce qui dans l’islam revêt un sens religieux et rappelle les origines de la vie: selon le Coran, Dieu a créé Adam de la lumière.

L’exposition comprend également des pièces de broderie représentant des formes ayant un sens ou une signification, le Khmissa comme l’appellent les Marocains, c’est-à-dire la main aux cinq doigts, le poignard et une grande variété de formes géométriques de toutes les régions du Maroc. Il y a aussi des poteries aux formes et aux couleurs variées, des accessoires en argent destinés aux femmes, comme des boucles d’oreilles et des bagues qui représentent des motifs de gravures marocaines originales et des boîtes façonnées dans du bois de genièvre, ce fameux bois marocain au parfum sucré caractéristique de la ville d’Essaouira.

Le déplacement de l’exposition d’Essaouira à Jérusalem est important dans le sens où c’est la communauté marocaine installée à Jérusalem qui va l’accueillir dans l’église orthodoxe orientale. L’exposition sera ensuite présentée dans d’autres villes voisines, dont Ramallah, Hébron, Naplouse, Acre et Haïfa avant de retourner à Jérusalem où elle demeurera. Il faut espérer qu’un grand nombre de personnes soient touchées par les messages de fraternité et de tolérance exprimés à travers l’art dans cette exposition.

L’art qui est un langage compris de tout le monde, contribue à créer des passerelles de communication et peut véhiculer des messages de la tolérance et de cohabitation. Durant toute son histoire, le Maroc a eu la réputation de faire preuve de cette tolérance à l’égard des disciples d’autres religions.

Cette exposition est bien plus qu’une simple exposition de musée: c’est un message adressé au monde par un pays musulman qui a embrassé juifs et chrétiens pendant des siècles dans un climat de cohabitation pacifique. La communauté juive a toujours été perçue comme l’une des grandes communautés dans le pays, particulièrement dans la société d’Essaouira; juifs et musulmans ont des traditions semblables. Leurs relations ne sont pas celles de personnes recluses, au caractère fermé et au conservatisme racial et religieux.

Au Maroc, les musulmans et les juifs partagent beaucoup de traditions en commun – des cérémonies de mariages et célébrations familiales aux traditions impliquant la pose du henné. Les mariées juives et musulmanes, par exemple, prennent un bain traditionnel avant la cérémonie du mariage et s’habillent de manière semblable, avec le caftan (robe traditionnelle marocaine) qui ne se différencie que par la forme des broderies.

Malheureusement, près de 98% de la population juive du Maroc s’est exilée entre 1948 et les années 60, essentiellement pour émigrer en Israël. Au Maroc, cependant, les juifs ont bénéficié d’accords spéciaux prévus par la loi, dont le droit de conserver leurs croyances religieuses et le droit à la protection, et ce depuis le règne de la dynastie alaouite.

Feu le roi Mohammed V avait adopté une position courageuse pendant la Seconde Guerre mondiale en refusant d’appliquer les lois nazies décrétées par le gouvernement de Vichy – le pouvoir colonial du Maroc d’alors – et en refusant de livrer des citoyens juifs marocains aux Allemands tout en proclamant ces mots: « Je ne suis pas seulement le roi des musulmans mais celui de tous les Marocains ».

Un puissant message, emprunt de modernité, de paix et de cohabitation venant du Maroc est mis en valeur par le travail d’André Azoulay, le président de l’Association Essaouira-Mogador, un conseiller de feu le roi Hassan II et de l’actuel monarque, Mohammed VI. André Azoulay a consacré sa vie à améliorer la cohabitation entre arabes et juifs en Afrique du Nord, un héritage considéré comme exceptionnel dans le monde arabe et musulman.

Le Maroc est un modèle de tolérance dans la région méditerranéenne. Avec un peu de chance, cette exposition itinérante véhiculera, à Jérusalem, endroit qui en a cruellement besoin, le message universel de la diversité et de l’acceptation.

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*Hind Al-Subai Al-Idrisi est une blogueuse (hindapress.canalblog.com) et journaliste marocaine. Elle a participé à un atelier sur le journalisme citoyen à Rabat organisé par Search for Common Ground, une organisation spécialisée dans la transformation des conflits internationaux. Article rédigé pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 19 novembre 2010, www.commongroundnews.org