Une brigade de la mort terrorise le Cameroun

Les exactions du Commandement Opérationnel provoquent des émeutes à Douala. Selon l’Eglise, cette unité d’élite de répression du grand banditisme serait directement responsable de la mort d’un millier de personnes depuis sa création.

Alors que la police camerounaise opère une offensive dans le quartier populaire de Bépanda (Douala), les parents et amis de neuf disparus, soutenus par des élus locaux et des associations de défense des droits de l’homme ne décolèrent pas. En cause : le Commandement Opérationnel (CO), une brigade de choc, créée au début de l’année 2000 sur décret présidentiel pour lutter contre la grande criminalité, qui se distinguerait par des campagnes de terreur dans tout le pays.

En un an, le  » CO « , aurait procédé à un millier d’exécutions sommaires sur des petits délinquants ou supposés tels. Selon l’Action Chrétienne pour l’Abolition de la Torture (ACAT), qui a mené des investigations sur-place avec l’Eglise et les familles des victimes, cinq charniers auraient déjà été identifiés, principalement dans la région de Douala. Début novembre, 36 corps auraient été découverts près de l’aéroport de Douala. Depuis avril 2000, un nombre croissant de disparitions et d’assassinats ont été rapportés dans ce pays (un demi-millier, au moins, rien que dans la région de Douala). Le cardinal Christian Tumi, archevêque de cette ville, a protesté publiquement auprès des autorités du pays.

A l’origine des affrontements d’hier, qui gagneraient en intensité à l’heure où nous écrivons ces lignes, la manifestation organisée par le  » Comité des 9 « , ou C9, du nom d’un collectif créé par les familles de neufs disparus. Ces derniers avaient été enlevés par des hommes du CO à leur domicile, dans la nuit du 22 au 23 janvier 2001. En cause, le vol d’une bouteille de gaz, apprend-on de sources concordantes. D’après l’ACAT, qui cite des  » fuites des forces armées « , ils auraient été emmenés sur la route Douala-Yaoundé et exécutés aux alentours de la localité de Edéa, sans autre forme de procès, avant d’être incinérés, et leurs cendres enterrées.

Le Kosovo, c’est au Cameroun

Selon diverses sources, le lieu de détention de la brigade mixte de l’armée, commandée par le général Philippe Mpay, aurait été identifié. Il s’agirait de la base aéronavale dite  » Kosovo  » toujours à proximité de la capitale économique camerounaise. Les suspects échappant à l’exécution sommaire seraient abandonnés dans leur cellule, durant quinze jours, privés de nourriture et d’eau. Un supplice qui a provoqué la mort par inanition d’un grand nombre d’entre eux. Et il n’en faudrait pas beaucoup pour être suspect. La presse camerounaise a révélé les noms de plusieurs victimes innocentes du CO, dont les hommes pratiqueraient le racket à large échelle.

Récemment rebaptisé  » Centre opérationnel de la gendarmerie « , l’unité de lutte contre le grand banditisme dont les méthodes rappellent celle des escadrons de la mort latino-américains, continuerait à sévir, cherchant à  » identifier et neutraliser les auteurs des fuites « , estime -t-on à l’ACAT-Paris.

A Douala, l’association travaillant en étroite collaboration avec l’Archidiocèse serait sous écoute, et ses membres menacés. Récemment le troisième étage de l’immeuble abritant l’ACAT-Douala a été incendié. Pour la responsable de cette association, Madeleine Afite, les  » militaires se sont trompés d’étage, mais ce sont les locaux de l’ACAT qu’ils visaient « .

Le 20 mars dernier, cédant à la pression de la rue, le président Paul Biya a annoncé la création d’une commission d’enquête sur l’affaire des  » neufs de Bépanda « . Or cette commission est accusée de complaisance par les familles des victimes, assurant même qu’elle a été nommée par le chef de l’Etat lui-même.