Une bonne et une mauvaise nouvelle

La croissance existe, mais trop peu l’ont rencontrée. C’est le constat -attendu- que fait la Banque mondiale dans sa dernière édition d’Africa’s Pulse https://www.worldbank.org/content/dam/Worldbank/document/Africa/Report/Africas-Pulse-brochure_Vol7.pdf), un rapport publié tous les six mois sur les perspectives économiques de l’Afrique.

Dans sa livraison d’avril 2013, l’institution note que la croissance en Afrique subsaharienne devrait atteindre une moyenne de 5% cette année et jusqu’en 2015.

En 2012, ce taux caracolait déjà à 7% ou plus. Bien au-dessus, donc, des moyennes saisonnières du Vieux Continent depuis des années-lumière. Décidément, nombre de pays africains sont passés du statut de « pays en développement » à celui de « pays émergent » et entrent dans les petits papiers des investisseurs. Le Rwanda et le Ghana, par exemple, connaissent une croissance soutenue de 7% depuis trois ans.

Principal moteur de cette croissance : le prix des matières premières sur les marchés mondiaux, des matières dont l’Afrique est riche puisque seuls « quatre ou cinq pays » du continent, selon la Banque mondiale, ne disposent pas de ressources minières ou pétrolières. Du Mozambique au Niger, de la Sierra Leone à la Zambie, des réaménagements ou de nouvelles exploitations minières ont vu le jour. L’industrie minière de la Zambie estime que l’apport du secteur minier au PIB du pays devrait presque tripler d’ici 2015 par rapport à 2010, pour atteindre 1,35 milliard de dollars (1 milliard d’euros).
Au Niger, Areva achèvera en 2014, sous haute surveillance militaire, sa nouvelle mine d’uranium d’Imouraren, dans le nord du pays.

Naissance des consommateurs

Seconde bonne nouvelle du rapport, si l’on s’en tient au baromètre classique de l’économie libérale, la consommation des Africains booste la croissance et représente plus de 60% du PIB du continent, selon la Banque mondiale. Toutes proportions gardées -l’homme le plus riche du monde, le Mexicain Carlos Slim, est plus riche que le Kenya-, de nombreux Africains et notamment les urbains détiennent suffisamment d’argent pour en dépenser. L’expansion économique de l’Afrique, ses exportations et même une plus grande productivité agricole génèrent une demande intérieure croissante. Ainsi, le PIB par habitant du continent augmente-t-il de 2% en moyenne depuis 1996, même si la répartition de ces bons points reste très inégale. Quand un habitant du Burkina Faso dispose d’un PIB de moins de 800 dollars [613 euros]par an, un citoyen namibien ou sud africain peut disposer, selon les cas, d’un PIB de 3 à 9000 dollars [2300 à 6900 euros].

La mauvaise nouvelle

Rien n’étant parfait, la Banque mondiale ne pouvait faire moins que de souligner, tout de même, qu’un portefeuille qui se remplit ne profite pas à tous. En clair, si la pauvreté se réduit en Afrique, les fameux « Objectifs du millénaire » définis par l’ONU pour accroître l’accès à l’éducation, à la santé, à l’eau ou à l’électricité sont encore des objectifs plutôt que des réalités dans bien des pays. Près de la moitié des habitants en Afrique subsaharienne vivent encore avec moins d’un euro par jour.