Une banque réservée exclusivement aux femmes

Les femmes ivoiriennes créent leur propre banque pour financer leurs projets. La cérémonie de lancement des souscriptions au capital a eu lieu vendredi dernier. 20 000 femmes se cotisent. Ouverture prévue en janvier 2002.

Une banque pour les femmes. L’association  » 20 000 femmes pour une banque  » s’organise en Côte d’Ivoire pour aider les femmes du pays à concrétiser leurs projets. Le ministre de l’Economie et des finances, le directeur national de la BCEAO, Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest et un représentant de la première Dame, qui ont participé à la cérémonie de lancement des souscriptions au capital, apportent leur soutien et marquent leur enthousiame pour cette innovation.

Les banques, souvent réservées aux hommes, soutiennent rarement les initiatives  » du sexe faible « . Les femmes n’ont pas accès aux prêts faute de garanties et (ou) d’aval d’une tierce personne. Pour se doter d’un organisme financier propre, ces dernières se cotisent pour adhérer à une banque mutualiste. Elles auront, ainsi, la possibilité de disposer de réels moyens pour réaliser leurs entreprises.

Marthe Achi-Brou, présidente de l’association  » 20 000 femmes pour une banque  » explique à Afrik le but et les enjeux de la création de la Banque Ivoirienne des femmes de Côte d’Ivoire :

Afrik : Quel est l’objectif de cette banque ?

Marthe Achi-Brou : Nous voulons atteindre trois objectifs : lutter contre la pauvreté, développer l’entreprenariat féminin et l’aider à s’assumer pleinement.

Afrik : Comment l’association va t-elle réunir les fonds pour créer une telle banque ?

M.A-B : Pour recueillir des fonds, une vaste chaîne est mise en place. Il nous faut mobiliser une épargne de dix millions de FCFA (100 000 FF). 20 000 femmes vont mettre de côté, pour récolter une part équivalente à 500 FF, pendant six mois. Celles qui peuvent investir plus prendront plus d’actions. Les juristes, les dentistes, les pharmaciennes… vont côtoyer les femmes rurales, pour qu’elles se mettent en coopérative. La Banque des femmes deviendra une banque mutualiste. Le droit d’adhésion s’élève à 50 FF et la cotisation annuelle à 120 FF.

Afrik : Quel est le rôle de l’association ?

M.A-B : L’association est chargée de mobiliser les fonds. Avec l’aide des différents bailleurs, elle s’occupera de former les femmes dans les domaines agricoles ou tertiaires. Elle leur enseignera quelques notions de gestion pour qu’elles puissent concrétiser leurs projets.

Afrik :Qui vous aide d’un point de vue technique et pratique ?

M.A-B : La Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest qui regroupe le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal, le Togo et bien sûr la Côte d’Ivoire parraine et joue le rôle de tuteur pour le côté technique du projet.

Afrik : Quels sont les problèmes rencontrés par les femmes dans les banques traditionnelles ?

M.A-B : Quand une femme se présente dans une banque, elle n’a pas de garanties et d’aval d’une tierce personne. La plupart du temps, elle souhaite obtenir un petit crédit de l’ordre de 200, 300 ou 500FF pour créer son petit commerce. Les banques refusent souvent car la gestion d’un tel crédit coûte cher. Le problème posé à ces banques, comme à la nôtre, est que la paperasserie reste la même pour des projets de 10 000 FF ou de 200 FF. Elles préfèrent évidemment financer les plus gros. Dans notre cas, il nous faudra obtenir l’aide de bailleurs de fonds pour le financement. Ouvrir vingt dossiers d’environ 300 FF correspond à un coût d’environ 10 000 FF dans les autres banques.

Afrik : Quand est-ce que les banques de femmes vont être mises en place ?

M.A-B : En janvier 2002, une première banque va être créée à Abidjan puis progressivement des succursales s’installeront ailleurs en Côte d’Ivoire…