Un vent d’entreprenariat souffle sur les jeunes Gabonais

Au Gabon, les jeunes investissent désormais l’ensemble des secteurs de l’emploi depuis ces cinq dernières années. La fonction publique fermant peu à peu ses portes, elle ne peut plus accueillir la masse de diplômés sortant des universités du pays.

Par Christelle Mensah

Les entreprises aux mains des jeunes Gabonais se multiplient. Faute de trouver une place dans le secteur public, ceux-ci se tournent plus volontiers vers les petits métiers, jusque-là occupés en majorité par les ressortissants ouest africains (Béninois, Togolais, Ghanéens, Nigérians). Il semble que la forte baisse des secteurs clés comme le pétrole ou le bois ne permette plus d’entretenir les fonctionnaires, jusqu’à présent les plus choyés de la région grâce à l’apport financier de ces matières premières. Pour exemple, le salaire minimum fixé par l’Etat s’élève à 44 000 Fcfa (67 €) par mois, soit le double de celui en vigueur au Cameroun. On dénombre 4 fonctionnaires pour 10 000 habitants au Gabon, quatre fois plus qu’au Cameroun. Leur salaire mensuel moyen est six fois plus élevé que celui des Ghanéens !
Le fait que les Gabonais se tournent de plus en plus vers la création d’entreprises est un phénomène présent depuis plus de cinq ans au Gabon, où les jeunes souffrent du manque d’emplois. Le chiffre du chômage varierait entre 15 et 30%, selon le sociologue Anaclé Bissielo. Chef du département sociologie à l’université Omar Bongo de Libreville, il a participé à la dernière réunion du patronat gabonais, qui s’est tenue à Paris en avril dernier. L’occasion de revenir sur cette évolution et de parler du fléau de la fuite des cerveaux.

Afrik.com : La fonction publique gabonaise est-elle vraiment saturée ?

Anaclé Bissielo :
Elle est donc beaucoup moins ouverte qu’auparavant. Il existe une politique d’ajustement structurel depuis le milieu des années 80 qui prévoit l’arrêt ou la réduction de l’utilisation de personnels pour la fonction publique. Dans les faits, elle est plus ou moins appliquée avec rigueur. Une fois diplômés, les jeunes se tournent tous vers l’administration, se désintéressant des autres secteurs de l’emploi. Les principaux secteurs où l’on trouvaient du travail étaient le pétrole, l’eau et le bois. Seulement, ceux-ci ne réalisent plus les bénéfices avantageux des débuts de l’indépendance ou même d’il y a encore vingt ans. La demande de ces secteurs se tarie actuellement. Il s’agit des entreprises dans lesquelles l’Etat détenait la majorité des pourcentages en bourse, comme les entreprises d’énergies. Mais depuis la fin des années 90, les privatisations se sont multipliées. Il existe aussi un paradoxe au Gabon : les entrepreneurs se plaignent d’un manque de main d’œuvre tandis que le chômage reste important dans le pays. Il y a plusieurs hypothèses : le problème de la formation et de la qualification par rapport au marché du travail, la main d’œuvre trop chère…

Afrik.com : Etes-vous d’accord avec la politique d’ajustement structurel ?

Anaclé Bissielo :
Pas vraiment ! Il est vrai que le secteur public alourdit les charges de l’état, selon Bretton Woods. Mais le Gabon est un petit pays. Les salaires sont parfois gonflés à la tête de l’employé. Dans un premier temps, ces payes aléatoires doivent cesser si l’on veut que la gestion soit plus saine.

Afrik.com : A quoi doit-on le changement qui a cours au Gabon ?

Anaclé Bissielo :
L’effet de mode pour la fonction publique est passé. Les jeunes Gabonais s’ouvrent maintenant d’avantage vers tous les secteurs de l’économie, ce qui est une bonne chose. Ils prennent leur pays en main. Et on les retrouve dans toutes les branches. Diplômés ou non, ils créent de petites boîtes très prometteuses. Maintenant, pour avoir du boulot, il faut penser à tous les secteurs, sans se limiter. Et je pense que les jeunes Gabonais l’ont compris.

Afrik.com : Les ressortissants ouest africains sont donc évincés de ces secteurs ?

Anaclé Bissielo :
Non, pas du tout ! Ils restent bien présents mais de manière informelle, comme ça a toujours été le cas. Les Béninois et les Togolais contrôlent souvent le petit commerce alimentaire, tandis que les Nigérians et les Ghanéens s’occupent des transports.

Afrik.com : Encourage-t-on ces initiatives gabonaises ?

Anaclé Bissielo :
La tendance a démarré depuis cinq ans. Cependant, la lourdeur bureaucratique bloque un peu pour l’instant. Il n’y a pas de cohérence réelle ente les paroles et les actes de l’Etat pour le moment, mais ça viendra.