Un Respect Mag 100% Noirs de France

Le trimestriel Respect Mag a consacré son nouveau numéro entièrement aux Noirs de France. A travers des analyses, enquêtes, interviews, portraits, il revient sur des années de présence de la communauté noire dans l’Hexagone.

Qu’est ce qu’être Noir aujourd’hui dans la société française ? Le magazine Respect Mag s’est penché sur la question dans son nouveau numéro consacré aux Noirs de France. Six mois de travail. C’est le temps qu’il a fallu au trimestriel pour le réaliser. En tout, 96 pages ont été nécessaires pour revenir sur les années de présence de la population noire en France. Il donne des éléments de réponse sur la place qu’elle occupe au sein de l’Hexagone à travers de multiples enquêtes, portraits, et interviews de personnalités tels que la journaliste Audrey Pulvar, le footballeur Lillian Thuram, l’écrivain Gaston Kelman, ou encore l’historien François Dulpaire.

Pour le directeur de la rédaction de Respect Mag, Marc Cheb Sun, contacté par Afrik.com, « ce numéro est essentiel car la population noire en France est importante d’un point de vue statistique et son histoire représente une partie importante de l’histoire de France ». Le thème est d’autant plus important pour Marc Cheb Sun que « l’histoire des Noirs de France concerne chaque français et on ne doit pas l’ignorer. La France a besoin de reconnaître sa pluralité ». Il estime que « comprendre les réalités et l’histoire des Noirs de France c’est comprendre la société dans laquelle l’on vit ». Ce numéro selon lui, « n’est pas ponctuel et sera toujours intéressant dans les années à venir. Il va intéresser les jeunes comme les enseignants et chacun pourra s’y retrouver ». Il rappelle d’ailleurs la ligne éditoriale de « Respect Mag qui a pour objectif de faire émerger toutes les composantes de la société française ».

L’histoire des Noirs de France peu étudiée

Le trimestriel revient très largement sur l’histoire des Noirs en France, « très peu étudiée dans les universités françaises, alors que celle des Noirs américains y est plus souvent enseignée », déplore le directeur de la rédaction. « La recherche universitaire est essentielle sur la question des minorités. Comment une société peut se comprendre si elle n’étudie pas l’histoire de ses minorités ? » Questionne-t-il. La loi Taubira a également été abordée au sein de ce numéro. Pour Marc Cheb Sun, elle a contribué à la progression de l’enseignement de l’esclavage. Mais il est catégorique : « on ne peut pas réduire l’histoire des Noirs de France à la question de l’esclavage ou de la colonisation. L’histoire de l’Afrique doit aussi être enseignée ». Selon lui, « la France vit actuellement sur un repli identitaire. Paradoxalement l’histoire nous apprend que durant la période coloniale la représentation de la population noire en politique était beaucoup plus importante qu’aujourd’hui. On estime au nombre de 100 les députés noirs durant cette période jusqu’aux indépendances déclarées. Alors qu’actuellement il y en a très peu ».

L’origine ethnique, premier facteur de discrimination au travail

Le magazine fait aussi un état des lieux sur la discrimination au travail, dont l’origine ethnique est le premier facteur. Il revient sur l’idée d’instaurer un système de mesure de la diversité et des inégalités qui fait toujours débat. En effet, il y a peu de chiffre concernant la population noire en France. « On ne connait par exemple pas son poids économique, ni son taux de chômage », souligne Marc Cheb Sun.

Le trimestriel ne fait pas abstraction du débat sur l’identité nationale lancé par le ministre Eric Besson. « Un débat décalé de la réalité, estime Marc Cheb Sun, car les élites sont elles même coupées de la réalité ». Quoi qu’il en soit, conclut le directeur de la rédaction, « le mouvement de métissage de la société française est irréversible ».