Un pays, deux présidents

Y aura-t-il un vainqueur ? Ou est-ce le jeu de qui perd gagne ? Depuis que Marc Ravalomanana s’est autoproclamé président de Madagascar, le pays a deux présidents et bientôt deux gouvernements. L’un officiel et l’autre en voie de l’être. L’ancien opposant n’a pas tort quand il déclare que ses partisans ne comprendraient pas s’il faisait machine arrière. Il est trop tard. Pour avoir privilégié la rue aux urnes, le maire d’Antananarivo s’est emprisonné dans une logique de fuite en avant, poussé par les anciens barons du régime qui l’ont rejoint après le premier tour.

Ce pourrissement, même s’il débouche sur une prise de pouvoir par l’opposition, dessert les deux candidats. Marc Ravalomanana aura peut-être la légalité de son côté mais devra faire le deuil de sa légitimité (ou l’inverse). Il ne sera qu’un président qui aurait pris le pouvoir par la force. Et c’est là que réside la plus grande incompréhension du candidat.

Pourquoi ? Tous les sondages, tous les politiques le donnaient gagnant au second tour. L’Organisation de l’unité africaine (Oua) et la France étaient prêtes à accéder à ses revendications (urnes transparentes, nouveau décompte des résultats du premier tour…). Pourquoi cette précipitation ? La fonction présidentielle malgache sortira amoindrie par cette empoignade. Le président sortant, Didier Ratsiraka, semble tétanisé par l’ampleur des manifestations. Son seul réconfort demeure la neutralité des autres provinces, qui lui sont plutôt acquises.

Impasse totale. Marc Ravalomanana a choisi d’aller au bout de sa logique. Il a définitivement écarté la possibilité d’un second tour. Le président autoproclamé joue la carte populaire. A long terme, ses partisans font le pari que la communauté internationale, qui a condamné cet acte, saura  » reconnaître la voix du peuple malgache « . C’est un pari. Et comme tous les paris, cela comporte une part non-négligeable de risques.