Un noir au pays des blancs

Lamine Guèye est le seul Africain aux Coupes du monde de ski et aux Jeux Olympiques d’hiver. Depuis quelques semaines, il est en guerre contre le Comité international olympique (CIO). Les nouveaux règlements du Comité ne permettent pas aux petits pays d’être présents aux Jeux. Explications coléreuses.

Lamine Guèye ne passe pas inaperçu aux Jeux Olympiques d’hiver. Coincé entre les fortes délégations européennes, il arbore, fièrement mais solitairement, le drapeau sénégalais. Un Noir au pays des Blancs. Pourtant, il n’a aucun complexe. Mieux, à 41 ans, il est le porte-voix des Sans Voix. Il se bat pour que les pays du Sud soient présents aux Jeux d’hiver. Interview.

Afrik : Pourquoi êtes-vous si en colère contre le Comité international olympique ?

Lamine Guèye : Je suis en colère contre leur nouveau règlement. Pour le CIO, seuls les 500 premiers mondiaux sont qualifiés dans une discipline qui est dominée outrageusement par les Européens. On ne peut pas importer de la neige en Afrique et on n’a pas les moyens des pays développés. Si le CIO va au bout de sa logique, les petits pays comme le Sénégal, le Maroc et l’Algérie disparaîtront à jamais des Jeux olympiques d’hiver. C’est très triste.

Afrik : Donc, il n’y a aucune chance pour ces pays-là d’être présents à Salt Lake City en février… ?

Lamine Guèye : Il existe des petits quotas mais malheureusement toutes les courses sont, pour l’instant, annulées par manque de neige. Je reproche aux dirigeants du CIO d’oublier l’esprit olympique. Le Comité n’a pas à communiquer sur l’universalité des Jeux si seuls les pays riches y participent. L’Afrique risque de passer à la trappe. Le CIO n’a qu’à revenir au règlement d’Albertville. Tous les participants étaient contents de côtoyer des petites équipes. Par exemple, l’Inde et le Liban ne seront plus présents aux grandes messes du ski.

Afrik : Que faut-il faire alors ?

Lamine Guèye : Ne pas baisser les bras. Je suis le seul Noir en Coupe du monde et aux Jeux Olympiques. Même si je ne gagnais pas, je tenais à participer. C’est ça l’esprit de l’olympisme. Je veux que d’autres Africains puissent m’y rejoindre. Le Sénégal doit être le porte-parole des petits pays.

Afrik : Comment faites-vous pour continuer la compétition à 41 ans ?

Lamine Guèye : Je ne fume pas et je ne bois pas. Je me tiens en forme. Je me suis entraîné dernièrement avec l’équipe de France et d’Italie. J’ai fait de bons résultats qui devraient m’ouvrir les portes de Salt Lake City.

Afrik : Vous êtes aussi président de la Fédération sénégalaise de Ski et vous êtes chargé de la promotion de ce sport au Sénégal. Il y a combien de skieurs sénégalais en tout ?

Lamine Guèye : Il y a quatre skieurs de bonne qualité : 2 en ski alpin, 1 en sport nordique et une surfeuse. Nous nous occupons aussi des étudiants sénégalais qui viennent à Grenoble, en France, pour étudier et de la diaspora française.

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