Un logiciel sénégalais éclaire la science de l’héritage selon le Coran

Au Sénégal, la gestion des questions d’héritage selon la loi coranique est une science réservée à quelques initiés. Un informaticien a mis au point un logiciel de traitement pour la rendre accessible à tous.

Cheikh Bamba Dioum est informaticien à la Société nationale de commercialisation des oléagineux. Témoin, dans sa famille, de problèmes liés aux décisions de partage d’héritage selon les règles édictées par le Coran, il a décidé, il y a cinq ans, de mettre au point un logiciel pour rationaliser la question et régler toute controverse. Il explique à Afrik.com les tenants de son oeuvre, sa démarche de travail et les difficultés qu’il rencontre pour diffuser son produit.

Afrik.com : Pourquoi la gestion des héritages selon le Coran pose-t-elle des problèmes ?

Cheikh Bamba Dioum : Bien que tout soit codifié dans le Coran, régler les questions d’héritage selon les principes du Coran relève d’une science jugée très complexe. D’une manière générale, les gens s’en remettent à la compétence d’un imam pour déterminer la part de l’héritage qui revient à chacun. Mais tous les imams ne peuvent pas le faire, car tous n’ont pas suivi les cours pour cela.

Il existe plusieurs courants de pensée se réclamant de tel ou tel imam. Donc il arrive souvent que des désaccords interviennent suite aux décisions prises par l’érudit. Cela finit généralement devant les tribunaux. A côté du droit commun, la constitution sénégalaise reconnaît le règlement des problèmes d’héritage selon l’Islam. Mais les juges maîtrisent mal les principes du Coran. Ils se rabattent donc sur le droit commun pour légiférer.

Afrik. : Qu’est-ce qu’apporte votre logiciel ?

C.B.D : Les imams se basent sur les cas les plus fréquents pour régler les questions d’héritage, soit une centaine de cas. Mon logiciel va plus loin et regroupe 6 000 combinaisons familiales.

Afrik. : Pensez-vous que votre logiciel soit fiable ?

C.B.D : Je pense que oui. Je ne vous cache pas qu’il y a eu de nombreuses réticences de la part des imams, mais j’ai réussi à travailler avec cinq d’entre eux à la réalisation du logiciel. Je leur donnais des cas à résoudre puis nous comparions nos résultats respectifs. En cas de désaccord, nous étudions le problème pour en trouver les raisons. Un travail de fourmi qui m’aura pris 4 ans.

Afrik. : Quel accueil à reçu votre logiciel ?

C.B.D : Au départ, il y a beaucoup de sceptiques, c’est vrai que le principe est nouveau : c’est un bouleversement dans les usages. Mais les résultats parlent d’eux-mêmes et on est obligé de reconnaître que le logiciel est efficace. Toutefois je ne pense pas que le logiciel sera beaucoup utilisé dans l’immédiat. Je me heurte déjà à la commercialisation de la version imprimée de mon travail (dont il n’a aujourd’hui, sur ses fonds propres, publié que le premier des trois tomes, ndlr). Je pense que je vais devoir attendre un peu pour trouver des circuits de distribution et de financement pour le logiciel.