Un journaliste emprisonné : le scandale des dattes Deglet Nour algériennes

Dattes Deglet Nour
Dattes d'Algérie

Belkacem Haouam, journaliste du quotidien algérien Echourouk, a été mis en détention à la suite d’une plainte du ministère du Commerce. Le pouvoir algérien lui reproche d’avoir publié un article annonçant la fin de l’exportation de la datte Deglet Nour.

Le Deglet Nour est une référence pour les amateurs de dattes. Produite dans le Sahara, elle est largement consommée par les Algériens qui considèrent qu’elle est la reine des dattes. Mais depuis quelques mois, les réseaux sociaux se sont emparés du sujet, avec en toile de fond la rivalité entre le Maroc et l’Algérie mais aussi des questions de traçabilité et respect des normes de production pour la culture de la célèbre datte.

C’est en mars 2022 que les premiers articles fleurissent sur la toile accusant les dattes algériennes d’être cancérigène. En cause, les résidus radioactifs du Sahara qui daterait des essais nucléaires français dans les années 60. Cette peur de la radioactivité est revenue en France avec la réapparition des nuages de sable du Sahara qui accompagnent souvent les périodes de fortes chaleurs, malgré les déclarations rassurantes de tous les scientifiques. Rapidement la rumeur est démentie et le commerce peut reprendre son cours.

Une agriculture en retard sur les standards internationaux

Mais ces dernières semaines la France a, par deux fois, annoncé le renvoi de plusieurs lots de dattes. La première fois, en juin dernier, pour la présence d’un allergène non déclaré, la seconde fois, en août, en raison de la présence d’un résidu de pesticide, le diflubenzuron, autorisé en Algérie mais pas en Europe.

Des manquements aux normes européennes qui montrent que les producteurs de dattes algériennes ont encore du travail à faire pour respecter les standards internationaux.

Le journaliste Belkacem Haouam a publié un article dans le quotidien arabophone Echourouk évoquant l’arrêt immédiat des exportations des dattes Deglet Nour. Un article considéré par le Gouvernement comme une attaque contre un symbole du pays (lire : Le Deglet Nour, un autre joyau du désert algérien). Il a donc été arrêté et incarcéré sur la base d’accusations de « spéculation illicite », le prix des dattes ayant évolué après cette annonce.

De nombreuses personnalités du monde du journalisme ainsi que des hommes politiques se sont élevés contre cette arrestation arbitraire. Si l’article est peut être partiel, le retour de quelques lots de dattes n’entraînent pas l’arrêt total de toutes les exportations, il ne mérite pour autant pas un tel traitement. Le problème de fond est bien celui de l’agriculture algérienne qui ne s’est pas assez modernisée. Elle est aujourd’hui trop éloignée des normes internationales qui se sont renforcées avec la lutte pour la préservation de l’environnement.

Pour que le Deglet Nour garde son titre de meilleure datte du monde, il paraît nécessaire que les agriculteurs algériens prennent en compte la nécessité d’aller vers plus de bio et moins de pesticides. Un journaliste n’a pas à payer pour ce retard et l’Algérie doit faire les efforts nécessaires pour s’adapter.