Un ex-négociant en pétrole condamné en Suisse pour corruption au Congo : le clan de Sassou Nguesso menacé

Un ancien employé du négociant Gunvor, basé à Genève, a été condamné à 18 mois de prison pour corruption au Congo et en Côte d’Ivoire. Gunvor a versé des pots de vin de plusieurs dizaines de millions de dollars à des fonctionnaires locaux afin d’obtenir des cargaisons de pétrole. Des membres de la famille de Sassou Nguesso, le Président du Congo, seraient impliqués.

En 2017, Public Eye a publié une grande enquête à lire ici sur des contrats très lucratifs obtenus par Gunvor en République du Congo. Les ingrédients de cette affaire sont explosifs: or noir, politique et soupçons de corruption. Cette histoire est emblématique des problèmes qui gangrènent le secteur du négoce. Elle montre la responsabilité de la Suisse dans la malédiction des ressources dont sont victimes les populations des pays riches en matières premières, qui restent prisonnières de la pauvreté.

Les faits documentés par le Bureau du procureur fédéral confirment les recherches effectuées par l’association Public Eye. Pour la justice Suisse, l’employé n’a pas agi seul et le PDG de Gunvor, Torbjörn Törnqvist, a donné son accord pour l’engagement d’un agent public congolais en tant qu’intermédiaire. De nouvelles enquêtes plus poussées concernant la société Gunvor sont donc possibles.

Devant la justice, Pascal C. a détaillé cinq pactes de corruption ayant permis à la société de faire main-basse sur des cargaisons de brut et de produits pétroliers, entre 2009 et 2012. Entre la Côte d’Ivoire et le Congo, le total des commissions payées atteindrait 43 millions de dollars.

L’enquête de Public Eye révélait que Maxime Gandzion – ancien beau-frère de Denis Sassou Nguesso et oncle de son fils, Denis Christel Sassou Nguesso, qui à l’époque dirigeait l’une des branches de la SNPC, Société nationale des pétroles du Congo – était « conseiller spécial du Président » congolais, et avait reçu des commissions de 10,5 millions de dollars à la banque Clariden Leu, à Genève, et que des versements avaient ensuite été faits vers une demi-douzaine de citoyens chinois : in fine, une partie de ces paiements, soit 2,1 millions d’euros, « ont bénéficié à la famille présidentielle, particulièrement la Première Dame de la République du Congo, Antoinette Sassou Nguesso, et le Président Denis Sassou Nguesso », explique Public Eye. La justice conclut que les contrats signés entre le fils de Maxime Gandzion et Gunvor, en 2010 et 2011, « ont essentiellement servi d’habillage juridique permettant de justifier le canal des paiements corruptifs ».

RFI précise que, toujours au Congo, un autre « pacte corruptif » a été conclu avec Gilbert Ondongo qui était alors ministre des Finances afin d’obtenir du ministre la validation des accords de préfinancement des cargaisons de pétrole en échange de prêt de 625 millions de dollars. Accords que Brazzaville avait caché au Fonds Monétaire International (FMI) et qui ont contribué à faire exploser la dette du Congo avec la chute des cours du pétrole en 2014.

Depuis cette affaire, Gunvor s’est retirée du Congo et de la Côte d’Ivoire où des actions de corruption ont aussi été mises à jour.