Un couple guinéen séropositif s’est marié pour le meilleur et pour le pire


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Thiany Conté et Alima Camara se sont unis devant Dieu et les hommes les 27 et 28 décembre derniers. Rien d’étonnant, si ce n’est que par cet acte d’amour ils sont devenus les premiers mariés séropositifs médiatisés de Guinée. L’objectif des jeunes époux est de montrer que même infecté par le VIH/sida on peut « vivre positivement » et heureux. Le couple guinéen, très engagé dans la lutte contre le sida, ne compte pas arrêter sa démonstration ici : il s’active à donner la vie…

« Thiany Conté acceptez-vous de prendre pour légitime épouse Alima Camara ? » Thiany et Alima sont tout deux séropositifs et se sont dit oui pour la vie les 27 et 28 décembre derniers à Conakry (Guinée). Témoignage d’amour, mais aussi témoignage de vie. Premier mariage du genre à être médiatisé dans le pays, le couple démontre que l’on peut vivre comme les autres avec la maladie. Une union exemplaire pour les deux jeunes époux, connus pour leurs actions de lutte contre le VIH/sida. Thiany (45 ans) et Alima (41) sont en effet, respectivement, président et vice-présidente de la l’Aguip +, une association qui vient en aide aux personnes infectées et à leurs proches. Leur mariage a globalement été salué par la population, qui stigmatise et discrimine encore les porteurs du virus ou les malades. Le message d’espoir semble être bien passé.

Thiany refusait les femmes séronégatives

Thiany a appris qu’il était séropositif le « 26 décembre 1995 ». « Je voulais me jeter dans la mer, se souvient-il. Mais finalement je suis allé voir mon médecin. Je voulais garder mon état pour moi, mais ma famille l’a su, je ne sais même pas comment. A l’époque, une telle nouvelle était très grave. Personne ne voulait manger avec moi. Je me sentais très rejeté. » Alima a découvert son statut sérologique en décembre 2002. C’est le décès de sa fille, morte à 22 ans du sida, qui l’a décidée à sauter le pas. Elle aussi a souffert du rejet familial. « Ma sœur m’a chassée de la maison que nous avait laissée mon père. J’ai dû partir me loger ailleurs », souligne-t-elle.

Une douleur qui les a marginalisés malgré eux. Thiany a même changé sa façon de voir les relations amoureuses. Il ne se voyait pas sortir avec une femme séronégative. « Je disais aux femmes séronégatives qui voulaient une aventure avec moi que je ne pouvais pas. Je les rejetais pour ne pas risquer de les contaminer. Je préférais une femme qui porte le virus, comme moi, parce qu’elle comprend mieux la situation ». Et de préciser que c’est pour une meilleure compréhension qu’il « encourage les porteurs de la maladie de se marier entre eux ».

Parler pour « sauver les autres »

C’est en décembre 2002 qu’il a vu Alima pour la première fois. Dans des circonstances, certes, loin d’être romantiques. « Lors d’une campagne de lutte contre le sida organisée par la Première dame du pays (Henriette Conté, ndlr) et commencée le 1er décembre 2002, j’ai annoncé ma séropositivité. J’ai été le premier à le faire dans le pays. Le 2 de ce même mois, Alima en a fait de même en compagnie d’une autre personne, décédée depuis. Alima est une femme vraiment brave », raconte-t-il avec admiration. Et elle d’expliquer les raisons douloureuses qui l’ont poussée à se dévoiler : « C’est le décès de ma fille qui m’a poussée à parler à la télévision à visage découvert et à lutter contre cette maladie. En faisant cette déclaration, je voulais sauver les autres », souligne-t-elle avec détermination.

« Sauver les autres » en les poussant à se dépister et en apprenant aux autres à ne pas « discriminer ou stigmatiser les malades ». Pour donner plus d’impulsion à ses objectifs, Thiany a créé le 2 août 2002, avec d’autres séropositifs, Aguip +. Son objectif principal est d’aider les malades à vivre avec la maladie. « Grâce au financement de la GTZ (organisation non gouvernementale allemande), qui nous a donné 90 000 euros pour assurer nos frais de fonctionnement et de médicaments pendant deux ans, nous avons un local et nous avons pris en charge trente personnes atteintes. Aguip + propose également des activités génératrices de revenus dans la menuiserie ou encore la couture. Nous avons aussi un centre de loisir, d’animation et de restauration », précise Thiany.

« Est-ce que les séropositifs peuvent se marier ? »

Plus tard, une nouvelle recrue a rejoint l’équipe : Alima. « Nous étions restés en étroite collaboration. Et à force de travailler ensemble, nous nous sommes aimés. Un jour, je lui ai fait ma demande en mariage. C’était en juin ou juillet 2003 », relate Thiany. « Est-ce que les séropositifs peuvent se marier ? », lui a alors demandé Alima, qui avait déjà été mariée une fois. « Cela me paraissait complètement inconcevable et ça me faisait d’ailleurs de la peine. J’ai mis du temps à accepter sa proposition. J’avais beaucoup de doutes et lui me rassurait en me disant que tout irait bien, que nous allions bien nous comprendre parce que nous vivons la même maladie », poursuit-elle. « Elle a accepté ma demande en décembre dernier. C’est à ce moment que nous avons préparé le mariage », précise Thiany.

Fin décembre 2004 à Conakry, ils se sont dit « oui ». Le 27 décembre dernier, Alima et Thiany ont célébré leur mariage religieux. Le lendemain, ils ont fêté le mariage civil, qui a réuni quelque « 400 personnes ». Les époux expliquent ne pas avoir choisi de le médiatiser, mais de hautes personnalités étaient présentes. « La ministre des Affaires Sociales (Hadja Mariama Aribot, ndlr) était notre marraine et le ministre de la santé (le Dr Amara Cissé, ndlr), notre parrain. Il y avait des responsables d’associations de lutte contre le sida. La médiatisation a permis de mieux faire passer notre message de lutte contre la discrimination et la stigmatisation », explique le jeune marié.

Démarches médicales pour faire un enfant sain

Le message semble être passé, surtout au niveau des proches. « Nos deux familles ont assisté au mariage. Elles ont compris que le sida est une maladie comme les autres », rapporte Alima. Quant aux Guinéens en général, Thiany explique que « certains ont compris et d’autres pas ». Alima est, quant à elle, très heureuse car « se marier lorsque l’on est séropositif est une vraie force ». Thiany ajoute : « Notre mariage prouve que toute personne infectée peut vivre comme les gens qui ne le sont pas. Cela prouve que l’on peut vivre positivement avec le sida. »

Le couple travaille actuellement à donner la vie à un enfant non porteur du VIH/sida. Ce qui effraie moins Alima que le mariage. « Je connais des couples où les deux parents sont séropositifs et où l’enfant est né séronégatif, souligne-t-elle. Je suis allée à l’hôpital hier (lundi, ndlr) et mon médecin m’a dit qu’il allait m’aider à suivre le traitement qui permet d’éviter la transmission de la maladie au bébé ». Qu’ils vivent heureux et aient beaucoup d’enfants.

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