Un consortium reconstitué de toutes pièces

Le projet du pipe-line a failli mourir pour une raison très simple : Shell et Elf, les deux compagnies détentrices de 60% des parts ont fait défection en novembre dernier. Récit d’une saga.

Dès les années 60, les grosses compagnies pétrolières sentent le filon dans le sud tchadien. L’anglo-néerlandais Shell et la compagnie américaine de prospection Continental oil company (Conoco) mènent une série d’explorations dans la région. Le Français Elf ne croit pas au projet. Les américains se montrent plus motivés. Ils cherchent. Et trouvent. Beaucoup. « Jamais un consortium ne se serait engagé dans un programme de 3, 5 milliards de dollars et la construction d’un pipe-line de 1000 kilomètres pour extraire seulement 900 millions de barils de pétrole, estime un opposant au projet. Ma main à couper qu’il y a bien plus de pétrole dans le sous sol qu’ils ne veulent le dire ». D’autres prospections plus tard ont confirmé cette analyse. Tout le sud tchadien est un immense champ de pétrole.

En 1993, la société française Elf, cornaquée par l’administration du président tchadien, Idriss Deby, entre dans le consortium concessionnaire, au côté d’Exxon et Shell. Elf détient 20% du capital. Les deux autres compagnies 40% chacune.

Très vite émerge le projet de construction du pipe-line Doba-Kribi. Les majors pétrolières commencent par demander un prêt de 1, 2 milliards FF auprès de l’Association internationale pour le développement (AID), filiale de la Banque mondiale, en principe destinée à la lutte contre la pauvreté et aux taux d’intérêts conséquemment bas.

Campagne mordante

La levée de bouclier est telle du côté des ONG que la Banque mondiale doit renoncer à faire intervenir l’AID. Outre les risques écologiques et la faiblesse des rétributions, les ONG et l’opposition tchadienne martèlent que pour cofinancer le pipe-line, le Tchad devra accroître sa dette extérieure de plus d’un milliard de francs français. La première mouture du projet prévoyait également le déplacement d’une dizaine de millers de personnes.

Malgré le soutien évident de la Banque mondiale et de personnalités de premier plan – Jacques Chirac serait intervenu personnellement en 1999 pour défendre le projet* – l’affaire sent le gaz. En dépit de nombreuses retouches, comprenant une modificatin du tracé initial et une baisse drastique du nombre des déplacés, l’opposition ne faiblit pas.

Novembre 1999 : le consortium éclate. Shell et Total-Fina-Elf annoncent leur retrait au motif que les gisements gaziers et pétroliers au large de l’Angola sont plus rentables. Les associations de défense de l’environnement crient victoire. Pas pour longtemps. Le 31 mars dernier, Petronas et l’américain Chevron, relançaient le processus en entrant dans le capital, respectivement à hauteur de 35% et 25%.

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