Un cinéma burundais en ébullition

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Le Festival International du cinéma et de l’audiovisuel du Burundi (Festicab) s’est achevé début mai sur sa troisième édition. Davantage professionnalisant. le festival s’est concentré cette année sur des formations. Léonce Ngabo, président du festival, revient pour nous sur son palmarès et ses ambitions.

Avec pas moins de 15 films récompensés en 2011 et près de 13 millions de francs burundais (7 430 euros) distribués aux lauréats, le Festicab s’annonce petit à petit comme un fervent levier de promotion du cinéma au Burundi. Ainsi, des films comme Le mec idéal d’Owell Brown (Grand Prix Ingoma 2011), Voyage à Alger d’Abdelkrim Bahloul (Meilleur réalisateur et meilleure interprétation féminine) ou encore Un pas en avant, les dessous de la corruption de Sylvestre Amoussou (Meilleure interprétation masculine) se sont distingués dans la catégorie internationale auprès du jury présidé par le réalisateur burkinabè Idrissa Ouédraogo. Côté documentaire, c’est le beau Paris mon paradis de la burkinabè Eleonore Yaméogo qui a raflé la mise tandis que le mozambicain Mickey Fonseka décrochait avec Dina le trophée du meilleur court-métrage. Côté burundais, le court-métrage Le rencard de Jean Marie Ndihokubwayo et le documentaire Shurwe ry’Imana de Brice Shumbusho et Angelo Arakaza ont remporté les principaux trophées. L’Avortement de Pacifique Nzitonda a quant lui remporté l’attestation du meilleur scénario ainsi que le prix spécial Canal France International de la meilleure œuvre burundaise. Le festival a fait cette année la part belle à la formation : scénario et réalisation avec le réalisateur kenyan Robby Bresson, jeu d’acteur avec l’actrice ougandaise Kaya Kagimu Mukasa et direction photo avec le réalisateur sud-africain Ramadan Suleman. Grâce à son important réseau professionnel, le Festicab a aussi permis une rencontre décisive entre différents diffuseurs de la Communauté est-africaine qui a conduit à la mise en place du réseau des festivals de cinéma de la communauté de l’Afrique de l’Est ainsi qu’ à une table ronde sur la place du court-métrage dans le paysage cinématographique africain.
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Afrik.com : Au vu du palmarès burundais, que pensez-vous de l’état du cinéma au Burundi ?

Léonce Ngabo :
Le cinéma burundais est en train de faire son chemin. Si dans la première édition du Festicab en 2009, on parlait à peine de 3 films d’auteurs en compétition, en 2011, nous avons pu programmé un peu plus de 20 films, courts-métrages et documentaires.

Afrik.com : Les techniciens se sont-ils professionnalisés ?

Léonce Ngabo :
La qualité des films s’est améliorée grâce à une sensibilisation et à des formations ponctuelles sur les techniques d’écriture et de réalisation. Pour l’année prochaine, nous ne pouvons qu’espérer un meilleur cru grâce à la stimulation et aux résultats de 2011, d’une part, et d’autre part, grâce à de nouvelles formations initiées par le Festicab et par différents partenaires d’autre part.

Afrik.com : Quelques exemples de projets de formation ?

Léonce Ngabo :
Nous avons mené des ateliers de formation à l’écriture de scénario et à la réalisation de fiction au Burundi Film Center avec l’appui de Canadiens. Résultat : 5 courts métrages produits. Des ateliers de formation à l’écriture et à la réalisation au Burundi Film Center avec l’appui d’une jeune doctorante américaine ont conduit à la réalisation de six documentaires. Avec Caméra Etc et l’appui de World Vision, nous avons initié des ateliers de formation aux techniques du dessin animé qui ont permis de produire deux courts métrages animés.

Afrik.com : Linda Kana reçoit le prix de la meilleure actrice burundaise alors qu’elle joue dans quatre films en compétition. Comment expliquez-vous cela : manque d’actrices burundaises ou notoriété recherchée de cette comédienne ?

Léonce Ngabo :
Linda n’a joué que dans 4 films sur les 12 films en compétition mais elle jouait toujours des premiers rôles et sa prestation a été fort remarquée. Elle a été aussi récompensée pour son jeu naturel et convaincant.

Afrik.com : Le palmarès long métrage ressemble à celui du dernier Fespaco (notamment pour les meilleurs acteurs). Comment choisissez-vous les films en compétition et pourquoi, selon vous, les lauréats sont souvent les mêmes d’un festival à un autre ?

Léonce Ngabo :
Les films sont choisis en fonction des productions du moment. La production en films de longs métrages n’étant pas particulièrement abondante en Afrique, il n’est pas étonnant de retrouver les mêmes films dans différents festivals, surtout si ces derniers se tiennent de façon rapprochée comme ce fut le cas pour le Fespaco et le Festicab cette année. Concernant les courts et les documentaires, la programmation diffère plus car la production est plus abondante. Le Festicab 2011 a pu notamment s’offrir une ouverture sur les films des pays de la communauté est-africaine avec huit films du Kenya, de l’Ouganda et du Rwanda en compétition officielle dont un long métrage rwandais et six films de ces mêmes pays en catégorie Panorama.

Afrik.com : Les prix sont attribués en numéraire, à l’exception du prix Canal France International qui permet au lauréat d’être diffusé sur ses chaînes partenaires. Avez-vous songé à remplacer cela par des prix techniques tels que des formations, des distributions cinématographiques, des aides au sous-titrage ou à la post-production ?

Léonce Ngabo :
Nous sommes encore un jeune festival qui tient à stimuler nos jeunes créateurs. Nous sommes conscients aussi que le Burundi est un pays où l’industrie cinématographique n’a pas encore sa place et qu’il n’existe pas de fonds de soutien à la production. En donnant des prix en numéraire, nous cherchons à motiver nos jeunes créateurs et les convaincre qu’il y a lieu de vivre du cinéma. Certes, les formations nous tiennent à cœur. Nous avons par exemple suggéré des prix de formation à l’ISIS de Ouagadougou et dans d’autres instituts spécialisés en fonction des moyens que nous pourrons obtenir auprès de nos différents partenaires. Nous restons aussi conscients que si nous avons créé un festival dans un pays ou le cinéma est encore embryonnaire, nous devons accroître nos capacités afin d’alimenter ce festival par des produits nationaux de qualité.

 Le site du Festicab