Un autre regard sur Djazaïr 2003

Djazaïr 2003, une Année de l’Algérie en France a commencé en fanfare, le 31 décembre 2002. Pourtant, des voix se font entendre, critiquant les choix effectués et plaidant pour une meilleure représentativité de la création algérienne contemporaine. Celle de la dramaturge Hamida Aït el Hadj en fait partie.

Djazaïr 2003, une Année de l’Algérie en France, a l’ambition de montrer tous les pans de la culture algérienne et de mettre en valeur sa création contemporaine dans tous les domaines. Pour autant, certains désapprouvent le choix des manifestations. Alors que la Fnac, leader de la distribution de biens culturels en France, s’apprête à lancer en février  » Algérie, un autre regard  » afin de donner la parole aux créateurs absents du programme officiel, des voix se font entendre en Algérie, critiquant ce même programme. Comme celle d’Hamida Aït el Hadj, dramaturge et metteur en scène algérienne.

Afrik : La Fnac organise une sorte de contre-manifestation à Djazaïr 2003…

Hamida Aït el Hadj : Oui. Il y a différentes choses qui se préparent, notamment avec des auteurs qui en sont pas les bienvenus dans l’Année officielle. Des écrivains dissidents mais aussi des musiciens, des chanteurs et des troupes de théâtre qui sont exclus du programme.

Afrik : Allez-vous prendre part à ce mouvement ?

Hamida Aït el Hadj : Sûrement car, en ce qui concerne le théâtre, l’argent mis à disposition à Alger a été utilisé par une seule personne, Ziyani-Chérif Ayad (directeur du Théâtre National d’Alger, ndlr), désigné par la France. On a l’impression que seuls ses spectacles et ceux qu’il a choisi (il est responsable du département Théâtre et Danse au commissariat général algérien, ndlr) ont le droit de représenter l’Algérie. Les autres professionnels algériens n’ont rien reçu. Après avoir déposé nos projets, nous avons eu des réponses positives. Aujourd’hui, on se rend compte que c’était pour nous museler car rien n’a suivi dans les faits. Le temps passe et nous attendons toujours… Plus de 500 artistes de théâtre et de danse ont déjà envoyé une pétition à Abdelaziz Bouteflika pour critiquer cet état de fait.

Afrik : Pourtant, vous soutenez cette Année de l’Algérie en France ?

Hamida Aït el Hadj : Je suis pour toute manifestation qui reflète la réalité algérienne et qui peut apporter un plus à la sphère culturelle du pays. Je ne crois pas forcément en des institutions mais plutôt en des idées et des personnes qui tracent leur propre chemin. Je crois aux initiatives personnelles.

Afrik : Quels projets avez-vous déposés ?

Hamida Aït el Hadj : J’ai proposé quatre spectacles. Le Butin qui tourne en dérision le code de la famille, cet ensemble de lois qui empêche la femme algérienne d’être une personne à part entière. J’ai écrit la pièce en arabe et elle a été traduite en français, danois, anglais et italien. Elle a été montée à Chicago, Manchester, Harlow et sélectionnée dans un festival australien. Le Couteau dans le soleil est un hommage aux intellectuels assassinés, dont Jean Sénac, le premier d’entre eux, tué en 1973. La Houle parle de la situation des jeunes et de leur réalité, notamment en Kabylie. Enfin, Fatma m’Summer retrace la vie de cette Jeanne d’Arc algérienne mais la pièce n’a pas obtenu de budget.

Afrik : Pensez-vous que cette Année servira à montrer une autre image de l’Algérie ?

Hamida Aït el Hadj : L’important n’est pas de travailler ou non dans le cadre officiel de cette Année. L’important, c’est la manière dont les médias vont faire passer le message. Pour que, en ce qui concerne la situation en Kabylie par exemple, les revendications des jeunes soient perçues comme saines et non plus comme anormales.