Uemoa : préserver l’éléphant ivoirien et l’union

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La crise post-électorale qui secoue la Côte d’Ivoire, la locomotive de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), interroge ses ambitions en matière d’intégration. A l’image de la situation, le sommet de l’Uemoa, qui s’est déroulé ce samedi au Mali, était inédit au regard de ses enjeux politiques.

Sommet ordinaire pour situation exceptionnelle en Côte d’Ivoire. La crise politique que traverse la première puissance de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) a monopolisé l’agenda de la 15e session ordinaire de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement. La plus importante décision de ce sommet, qui s’est tenu ce samedi au Mali, a été prise lors d’un véritable huis clos, auquel Soumaïlé Cissé n’a pas assisté. Une première pour le président de la commission de l’Uemoa dont le second mandat arrivait à échéance et s’est vu prorogé. A l’instar de ceux des commissaires, jusqu’à la prochaine session extraordinaire programmée pour le premier trimestre 2011. Crise ivoirienne oblige. Dans son communiqué final, le sommet a « exprimé sa profonde inquiétude quant à la résurgence de la violence » en Côte d’Ivoire et lancé « un appel pressant à la classe politique » pour préserver l’unité nationale.

L’Uemoa, elle, s’est évertuée à protéger l’économie de ses pays membres. En 2011, les effets de la crise ivoirienne devrait être « significatifs », selon José Mario Vaz, le président du conseil des ministres des Finances de l’institution. Pour cause, la Côte d’Ivoire représente 40% de l’économie de l’union dont les dirigeants se sont dit préoccupés par « les conséquences négatives (…) sur la mise en œuvre des chantiers du processus d’intégration et sur la situation économique, monétaire et financière de l’Union ». L’Uemoa s’est ainsi engagée, entre autres, à prendre les « mesures nécessaires pour normaliser les circuits d’échanges commerciaux entre la Côte d’Ivoire et les autres pays ».

Au nom de la sauvegarde des intérêts communs

Mais les responsables des pays membres de la zone Uemoa ont surtout tranché quant au rôle déterminant de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). La reconnaissance de la seule signature d’Alassane Ouattara, le président élu de la Côte d’Ivoire selon la commission électorale indépendante, le 23 décembre dernier, n’ont pas empêché les décaissements effectués par l’administration de Laurent Gbagbo. Ce dernier à qui le gouverneur de la Bceao, Philippe-Henri Dacoury-Tabley, doit ce poste. Sa démission souhaitée par les chefs d’Etat de la région vient conforter le pouvoir d’Alassane Ouattara dont le Premier ministre Guillaume Soro a pris part aux travaux du sommet. Le responsable ivoirien a exprimé ce samedi sa « satisfaction » quant aux décisions prises concernant son pays. Alassane Ouattara a été invité à désigner un nouveau gouverneur à la tête de la Bceao où l’intérim sera assuré par le vice-gouverneur, Jean-Baptiste Compaoré. Pour l’Uemoa, l’administration Ouattara a aussi la responsabilité de « veiller à la sécurité des personnes, des biens et des immeubles des organes des institutions communautaires » en Côte d’Ivoire. Le personnel de la Bceao dans ce pays fait l’objet de menaces du camp Gbagbo.

Si la question des ressources humaines, notamment les mandats des commissaires de l’Uemoa n’a pas été traitée, le départ d’Abdoulaye Bio-Tchané de la présidence de la Banque ouest-africaine de développement (Boad) a été, elle, réglée. Le Béninois quittera ses fonctions dès la validation de sa candidature aux élections présidentielles de son pays. Il sera remplacé par son compatriote Christian Adovélandé.

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Après 16 ans d’existence, l’Uemoa, dont la présidence échoit désormais au Togo après le mali, se trouve confrontée à une situation inédite qui menace sa raison d’être. « Nous sommes dans une situation difficile en Afrique de l’Ouest liée à une crise politique majeure (…). Nous étions sur une bonne lancée économique et sociale, nous avions des organisations qui étaient citées en exemple. Si cette situation dure, nous allons malheureusement en pâtir », déplorait ce dimanche Soumaïla Cissé lors d’une rencontre avec la presse. Le sommet de l’Uemoa à Bamako a pris une tournure politique qui rappelle que les questions de sécurité et de paix sont l’une des principales entraves au développement des pays africains.