Uber et Bolt, dans l’univers du secteur risqué des transports au Nigeria

Bolt, transport au Nigeria
Bolt, transport au Nigeria (illustration)

Deux sociétés de transport, Uber et Bolt, qui proposent des applications en ligne pour offrir des services de transport, tentent de révolutionner le secteur au Nigeria. Il suffit pour les chauffeurs, hommes et femmes, de s’inscrire auprès de ces deux sociétés pour être habilités à assurer le transport des personnes. Si certains chauffeurs travaillent avec des voitures obtenues sous les conditions de location-vente, d’autres sont propriétaires de la voiture qu’ils utilisent pour travailler dans un secteur qui comporte toutefois des risques.

Le secteur des transports au Nigeria est en pleine progression avec des innovations apportées par des sociétés de transports qui tentent de révolutionner le secteur. Jadis réservé aux hommes, le métier de chauffeur a évolué dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. De plus en plus, les femmes s’invitent dans le métier, comme Olabisi Makinde, diplômée en économie à l’Université de Lagos. Au départ, elle irritait certains de ses passagers du fait qu’elle conduisait lentement, avec trop de prudence, craignant de faire un accident. Rappelant une expérience, celle d’une cliente qui l’a traitée de tous les noms, se plaignant d’avoir failli manquer son vol, elle révèle avoir voulu abandonner le métier. Elle sera encouragée par une autre cliente, «une jeune femme douce et attentionnée. Elle m’a consolé et m’a conseillée de ne pas abandonner. Elle m’a assuré que je m’améliorerais et m’a donné le courage de continuer. Aujourd’hui, je suis devenue une vraie professionnelle», a raconté Makinde, lors d’un entretien à Saturday Sun.

«Il gagne assez d’argent et parvient à me verser un certain montant»

Aujourd’hui, avec Uber, elle a réussi à mettre assez d’argent de côté. Elle a même récemment acheté une autre voiture que son jeune frère utilise pour travailler pour le compte de Bolt. Son jeune frère était étudiant à l’Université de Lagos, du fait des grèves répétées, il est resté sans rien faire. Aujourd’hui, dit-elle, «il gagne assez d’argent et parvient même à me verser un certain montant chaque mois». Le défi majeur auquel sont souvent confrontés les chauffeurs du Nigeria est celui de la sécurité. Surtout pour ceux qui travaillent tardivement le soir ou très tôt le matin. Ne sachant pas de quoi sont capables certains de ses clients dans des endroits déserts, Makinde dit éviter de travailler tard en semaine. Surtout à ses début alors qu’il lui fallait beaucoup se servir de Google Maps pour retrouver sa destination, ne connaissant pas beaucoup d’endroits à Lagos. Un métier à risque, reconnait la femme âgée de 32 ans.

Il arrive en effet pour ceux qui ont des courses dans des zones dangereuses d’être victimes d’agression. Bolt a d’ailleurs mis en place un système de bonus pour convaincre ses chauffeurs à prendre plus de risque. Ces primes servent à encourager les meilleurs chauffeurs, notamment ceux qui restent en ligne et travaillent pendant un certain nombre d’heures. Sont exclus de ces avantages les chauffeurs qui, par exemple, ont eu à annuler un voyage pendant la journée. Ils sont considérés comme représentant une menace pour le bon fonctionnement de l’entreprise. Seulement, voulant gagner ces points de bonus, certains conducteurs sont prêts à courir le risque de se rendre dans des endroits réputés dangereux. Pour la plupart, ce sont des méthodes de Bolt qui se soucie peu de la sécurité du chauffeur que l’entreprise désigne. Surtout que la voiture appartient au chauffeur qui court tous les risques.

«Pour des raisons de sécurité, il y a des zones à Lagos où je ne vais pas»

Si c’est Uber, qui fonctionne avec ses propres véhicules, la société est plus regardante sur les lieux de destination des clients qui sollicitent ses services. Parfois, il revient au chauffeur lui-même de prendre ses décisions. Olabisi Makinde, qui roule pour Uber depuis quatre ans, dit prendre ses responsabilités. «Pour des raisons de sécurité, il y a des zones à Lagos où je ne vais pas. Si je demande à un passager potentiel quelle est sa destination et qu’il mentionne une localité dans cette zone, j’annule le voyage. Je crois que ma sécurité est beaucoup plus importante que l’argent. En tant que femme, je suis confrontée à plus de problèmes de sécurité que les hommes. Il y a des choses auxquelles je fais face auxquelles les hommes qui font ce travail ne font pas face», confie Olabisi Makinde.

Pour sa part, Anthony Obi, chauffeur chez Bolt, déplore le fait que la société s »adjuge 25% de la somme gagnée par un conducteur à chaque trajet, quelle que soit la distance parcourue, le carburant consommé ou le temps nécessaire en raison des embouteillages. S’il estime que ce travail est stressant, Obi reconnaît que, grâce à sa collaboration avec Bolt, il lui arrive toutefois de rencontrer beaucoup de clients qui peuvent l’aider à améliorer son quotidien. Un autre avantage de travailler avec Bolt, relève Obi, c’est d’avoir la possibilité de fonctionner à son propre rythme. «Tu travailles quand tu veux et tu te reposes quand tu en as envie», dit-il. Un secteur devenu prometteur, malgré les risques, car ayant permis à nombre de citoyens nigérians de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs proches.

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