Tunisie : révoltés contre le pouvoir, les journalistes de nouveau dans la rue

Des centaines de professionnels des médias ont répondu, ce mardi, à l’appel à manifester dans les rues de Tunis du Syndicat des journalistes tunisiens pour dénoncer le musellement de la presse parle gouvernement d’Ennahda. Une mouvement qui a débuté suite à l’incarcération durant trois jours du journaliste Zied el-Heni, accusé de diffamation contre un procureur.

Les professionnels des médias ne décolèrent pas en Tunisie. Après avoir manifesté par centaines lundi place de la Kasbah à Tunis, où siège le gouvernement dirigé par les islamistes d’Ennahda, ils sont à nouveau descendus dans les rues de la capitale tunisienne, à l’appel du Syndicat des journalistes tunisiens. Ils ont tenu à exprimer leur colère contre une presse muselée par le pouvoir.

Tous les journaux ont titré sur cette grève qui les concerne directement.
« Les journalistes tunisiens en ont ras-le-bol, mais ils ne baissent pas les bras », a titré le journal Le Temps en Une. « La bataille de la liberté d’expression fait rage », a estimé pour sa part le journal Le Quotidien sur sa première page. « On peut étouffer les libertés, on peut rétablir insidieusement l’ordre de la terreur, mais on entendra le tocsin de la révolte », a renchérit de son côté La Presse.

Service minimum

Même son de cloche pour les radios, qui n’ont diffusé, pour leur part, dans la matinée, que des informations liées à la contestation, se conformant à l’appel lancé par le Syndicat national des journalistes tunisiens.
De son côté, l’agence officielle TAP a également indiqué qu’elle « n’assurera qu’un service minimum couvrant uniquement les événements d’extrême urgence ».

Ce mouvement de contestation des professionnels des médias a vu le jour suite à l’incarcération durant trois jours du journaliste Zied el-Heni, inculpé pour diffamation. Il a été emprisonné pour avoir accusé le procureur de falsifier des preuves impliquant un cameraman dans une affaire de jet d’œuf contre un ministre en août. Zied el-Heni a finalement été libéré lundi matin sous caution. « Le dossier doit maintenant retourner devant le juge d’instruction qui doit écouter nos arguments. Selon moi, cette affaire doit être classée », a expliqué son avocat Me Abdelaziz Essid.

Les professionnels des médias accusent également le gouvernement et la justice de leur pays de s’appuyer largement sur le code pénal hérité du régime du Président déchu, Ben Ali, toujours en vigueur, et prévoyant des peines de prison ferme pour des délits de presse et d’opinion. Un héritage qu’ils comptent bien mettre à terre pour libérer leur plume.