Tunisie : que retenir de l’investiture du Président Kaïs Saïed ?

Kaïs Saied, nouveau Président de la Tunisie

Le nouveau Président de la Tunisie a prêté serment le mercredi 23 octobre 2019. Il a prononcé ensuite son premier discours devant les parlementaires. Une allocution solennelle et ferme dans laquelle il prône le rassemblement du peuple tunisien.

A l’occasion de cette cérémonie d’investiture, le protocole a été scrupuleusement respecté. Anciens chefs d’Etats, nouveaux élus, diplomates, chefs des instances nationales, dirigeants des corps constitués, ainsi qu’une délégation de parlementaires marocains ; tous étaient présents. Au premier rang des invités, la présence des représentants des religions monothéistes ne passe pas inaperçu.

Reçu par le président intérimaire de l’Assemblée des représentants du peuple, Abdelfattah Mourou, le nouveau Président Kaïs Saïed, calme et impassible, prête solennellement son serment. Cette cérémonie s’est déroulée le quatre-vingt dixième jour après la mort du Président Béji Caid Essebsi, conformément au délai exigé par la Constitution tunisienne.

La partie la plus attendue lors d’une cérémonie d’investiture est celle au cours de laquelle le Président prononce son discours d’investiture car, traditionnellement, ce discours donne le ton ou annonce les couleurs du mandat. Le nouveau Président s’est plié aisément à cet exercice.

Il a promis de mettre le peuple au cœur de sa gouvernance, faisant de lui son interlocuteur le plus privilégié. Après avoir rendu hommage aux martyrs de la révolution, il s’est engagé à faire sienne leur lutte et à concrétiser leurs aspirations à plus de dignité, de liberté et de justice sociale. Dans un ton lyrique, il a décrit un scrutin survenu neuf années après les premières manifestations du peuple, qui représente un signe de prise de conscience et qui change le cours de l’histoire. Il a déclaré ensuite ne pas avoir droit à l’erreur.

Le Président Kaïs Saïed a convié le peuple tunisien à s’unir pour lutter contre le terrorisme et la corruption. D’un ton grave, il a juré qu’il n’aura aucune pitié pour les citoyens qui se laisseront aller à ces actes. Son discours a abordé ensuite l’une des promesses phares qu’il a faites pendant la campagne électorale : la continuité et la pérennité des institutions de l’Etat qu’il promet de sauvegarder.

Il a précisé que la Constitution est suprême et au-dessus des différends politiques et qu’il organisera donc un référendum au cas où les partis n’approuveront pas ses initiatives. Il s’est engagé ensuite à regagner la confiance de ses citoyens dans la justice, et à préserver les acquis sociaux. Il a également pris l’engagement de renforcer les libertés et d’améliorer la situation des femmes.

Dans l’optique de diminuer la dette nationale, il a annoncé qu’un jour de salaire sera prélevé sur cinq ans. Dans les dernières minutes de son discours d’investiture, Kaïs Saïed a envoyé des signaux aux partenaires étrangers pour signifier son attachement à l’humanisme des relations entre nations et son sens du respect des conventions internationales.

Néanmoins, il n’a fait aucune allusion à la non-ingérence dans les affaires internes d’une nation et à la légalité internationale qu’il avait pourtant mentionnée au cours des débats de campagne. Il a précisé, cependant, qu’il fait de la cause palestinienne une cause nationale.

Vivement applaudi de tous, le discours de Kaïs Saïed annonce que la volonté du peuple et l’unité nationale seront au cœur de son mandat.