Tunisie : pays révolutionnaire cherche touristes désespérément

pub_2-2.jpg

Le tourisme tourne au ralenti en dépit de la campagne insolite lancée début mai par l’Office national du tourisme tunisien (ONTT) pour rassurer les touristes. Les revenus liés à cette industrie connaîtront en 2011 un recul de 50% par rapport à 2010. A moins que le thème de la révolution, qui a inspiré les créateurs de la nouvelle campagne de promotion de la Tunisie, ne fasse mouche. C’est le cas sur Internet où elle est devenu un outil pour critiquer la situation socio-politique en Tunisie.

pub_2-2.jpg« Il paraît qu’en Tunisie la tension est à son comble », peut-on lire sur une affiche montrant un homme qui fait paisiblement la sieste au soleil. C’est l’une des affiches publicitaires de l’Office national du tourisme tunisien (ONTT) qui sont visibles dans les bouches du métro parisien et sur les bus londoniens. Elles surfent sur la « révolution de Jasmin » pour relancer une industrie touristique à laquelle elle a donné un coup d’arrêt. L’audacieuse campagne pour attirer les touristes étrangers a été lancée début mai. Elle repose sur le décalage entre l’idée que les étrangers se font de la situation actuelle dans le pays et l’image d’un pays apaisé que souhaite promouvoir les autorités tunisiennes. Objectif : « vaincre la peur de la destination tunisienne », explique Anis Rezgui de la direction publicité de l’ONTT. L’établissement, sous tutelle du ministère du Tourisme, a investi près de trois millions d’euros dans cette opération, soit une hausse de 70% par rapport à son budget de l’année précédente. La campagne a été conçue par l’agence tunisienne Memac Ogilvy Label.

Des affiches parodiées

bus_londonien.jpgDepuis le début de la révolution, il y a cinq mois, l’économie du pays est en berne et l’activité touristique en chute libre. Le nombre de touristes baissera de moitié cette année, passant à 3,5 millions contre 7 millions en 2010, avant la chute de l’ancien président Zine Abidine Ben Ali le 14 janvier dernier, a indiqué ce mercredi le ministre du Tourisme, Mehdi Houas. Il affirme également que les revenus liés à cette activité seront divisés par deux. Le secteur représente 6,5% du Produit intérieur brut (PIB). La révolution tunisienne a fait fuir les touristes, notamment les personnes âgées et les familles qui ont peur pour leur vie, indique le ministre. Mehdi Houas n’a pas exclu l’idée d’une campagne propre à chaque pays étranger. Son pays serait prêt à « tripler le budget pour cela ».

Mais ce déchaînement de moyens et de créativité a-t-il séduit sa cible ? « Il est trop tôt pour connaître son impact sur le tourisme tunisien », répond Anis Rezgui. Pour ce qui est des internautes, il n’y a pas de doute possible : certains n’ont pas hésité à reprendre le concept pour en faire des parodies et dénoncer la situation politique qui prévaut dans le pays. Ainsi sur une affiche détournée, il est écrit : « Il paraît qu’en Tunisie, il n’ y a pas l’ombre d’un nuage » et on y voit un homme, mouchoir sur la bouche entouré par un important nuage de gaz lacrymogène. Sur un autre, on peut lire : « Il paraît qu’en Tunisie, les hôtels sont complets » et l’image montre un homme couché par terre, sanglant, entouré d’un militaire et d’autres personnes tentant de lui fournir des soins. Toutes les parodies reprennent le logo de l’ONTT et le slogan choc de cette campagne : « A vous de voir ».