Tunisie : Moncef Marzouki gracie 79 détenus, Jabeur Mejri reste en prison

Jabeur Mejri

Le Président tunisien, Moncef Marzouki, a gracié ce mardi 79 prisonniers à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’Homme. Le dirigeant s’attire toutefois les foudres de la presse et des ONG pour avoir maintenu Jabeur Mejri, un activiste athée, en prison.

A l’occasion de la Journée internationale des droits de l’Homme, le Président tunisien Moncef Marzouki a accordé sa grâce à 79 prisonniers. Selon le ministre de la Justice, Nadhir Ben Ammou, qui a annoncé cette grâce, elle ne concerne que des prisonniers incarcérés pour des petits délits. La presse tunisienne s’indigne en revanche qu’un ancien militant des droits de l’Homme (Moncef Marzouki, ndlr) n’ait pas accordé sa grâce à Jabeur Mejri.

Exercée à plein temps par Moncef Marzouki, la grâce est l’un des classiques de la présidence. Ce qui paraît troublant, c’est quand un ancien militant des droits de l’Homme accorde sa grâce en cette journée symbolique, alors qu’un autre militant de la liberté d’expression, une voix libre en somme, à savoir Jabeur Mejri, est toujours derrière les barreaux.

Mejri condamné à 7 ans et demi de prison

Considéré comme le premier prisonnier d’opinion en Tunisie par Amnesty International, le militant athée Jabeur Mejri a été arrêté après la chute du Président Ben Ali, en janvier 2011. Il est condamné le 28 mars 2012 à 7 ans et demi de prison ferme et 550 euros d’amende pour avoir publié sur sa page Facebook des textes et des caricatures jugés insultants envers la religion de l’islam.

Jabeur Mejri

« Je ne reconnais pas la religion islamique et je suis athée », avait-il expliqué à la police lors de son arrestation. Le tribunal l’a déclaré coupable de « diffusion d’un travail écrit visant à perturber l’ordre public » et d’« outrage aux valeurs sacrées à travers des actions et des mots ». Jabeur Mejri avait fait appel de cette condamnation. En vain. Désormais, son espoir reposait sur une grâce présidentielle, demandée en août dernier.

Le double langage de Marzouki

Le plus étonnant, c’est que le 6 novembre dernier le Président tunisien s’était engagé sur France Info à le faire libérer, sans vraiment donner de date. Mais les défenseurs de la liberté de culte en Tunisie fustigent le dirigeant tunisien pour avoir manqué de placer le nom de Mejri dans la liste des graciés en cette journée symbolique des droits de l’Homme.

Les déclarations de Marzouki, ce fameux 6 décembre, laissait néanmoins présager qu’il ne le libérera pas pour le moment. « Je vais le faire libérer. J’attends simplement une accalmie politique, avait déclaré Marzouki. Actuellement, il y a des tensions énormes, il y a ce combat contre le terrorisme, je ne veux pas que cette libération puisse soulever des débats. Mais je vais le libérer, je cherche simplement la bonne fenêtre de lancement à la fois pour sa sécurité et la sécurité du pays », avait-il ajouté.

« Ça n’a pas de sens ! Il faut qu’il le fasse libérer immédiatement », s’exclame le directeur de la section tunisienne d’Amnesty International, Lotfi Azzouz. L’ONG, qui mène une campagne internationale pour les droits humains jusqu’au 16 décembre, entend « continuer à faire pression » sur le gouvernement tunisien. Une pétition pour la libération de Jabeur Mejri a été lancée. « Au début, il était incarcéré avec une cinquantaine d’autres prisonniers d’ordre public. Il est désormais dans une cellule avec 4 ou 5 personnes », précise Lotfi Azzouz, rapporte 20 minutes.

D’autres personnes à l’instar du rappeur Weld El 15 ou des journalistes ont été condamnés pour avoir « usé de leur liberté d’expression », selon l’ONG. Presque trois ans après la révolution, le gouvernement, dominé par les islamistes d’Ennahda, la justice et la police sont accusés de vouloir créer un système similaire à celui de Ben Ali, qui consiste à restreindre la liberté d’expression.