Tunisie : les principaux caciques de Ben Ali au ban du gouvernement

Le Premier ministre tunisien, Mohammed Ghannouchi, a remanié jeudi soir le gouvernement de transition. Les principaux ministres ayant servi le président déchu Zine El Abidine Ben Ali ont été remerciés. Une opération réalisée sous la pression de la rue et à l’issue d’intenses négociations.

Durant quatre nuits, en dépit du couvre-feu, des centaines de manifestants ont campé sous les fenêtres du Premier ministre, Mohammed Ghannouchi, dans le centre de Tunis, pour obtenir la démission du gouvernement. Ils ont donc explosé de joie quand, hier soir, a été annoncé le départ des caciques de l’ancien régime. Ce gouvernement a été formé à la suite de « consultations avec tous les partis politiques et les composantes de la société civile qui ont accepté d’y participer », a déclaré M. Ghannouchi. « C’est un gouvernement provisoire avec une mission bien définie, permettre au pays le passage à la démocratie. Sa mission sera d’organiser des élections pour que le peuple choisisse en toute liberté ». Il a promis que ces élections seraient organisées « sous le contrôle d’une commission indépendante en présence d’observateurs internationaux pour en garantir la transparence. » Et il a appelé les Tunisiens « à retourner au travail ».

La foule massée devant les bureaux de la Primature a néanmoins continué de réclamer le départ de Mohammed Ghannouchi lui-même, qualifié par un manifestant interrogé par l’AFP de « chef du gang ». Le Premier ministre reconduit a été le chef de gouvernement de Zine El Abidine Ben Ali pendant les onze dernières années. Ce dernier, ainsi que deux ministres du dernier gouvernement Ben Ali, Mohamed Atif Chelbi et Mohamed Nouri Jouini, ont été maintenus à des postes techniques, respectivement à l’Industrie et à la Planification. Mais les postes-clés de l’Intérieur, de la Défense, des Finances et des Affaires étrangères ont été confiés à des technocrates et des personnalités indépendantes sans couleur politique.

L’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), principale organisation syndicale du pays et aiguillon de la révolte populaire, avait indiqué juste avant l’annonce du remaniement ministériel qu’elle ne participerait pas au prochain gouvernement, mais qu’elle acceptait que M. Ghannouchi en reste le chef et que MM. Chelbi et Jouini en fassent partie.

La composition du nouveau gouvernement

Premier ministre : Mohamed Ghannouchi

Ministre de la Défense nationale : Abdelkarim Zebidi

Ministre des Affaires étrangères : Ahmed Ouneies

Ministre de l’Intérieur : Farhat Rajhi

Ministre de la Justice : Lazhar Karoui Chebbi

Ministre des Affaires religieuses : Laroussi Mizouri

Ministre du Développement régional et local : Ahmed Néjib Chebbi

Ministre de l’Education : Taieb Baccouch

Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique : Ahmed Brahim

Ministre de la Santé publique : Mme Habiba Zéhi

Ministre du Commerce et du Tourisme : Mehdi Houas

Ministre des Affaires sociales : Mohamed Naceur

Ministre de l’Agriculture et de l’Environnement : Mokhtar Jalleli

Ministre de la Planification et de la Coopération internationale : Mohamed Nouri Jouini

Ministre de l’Industrie et de la Technologie : Mohamed Afif Chelbi

Ministre des Finances : Jelloul Ayed

Ministre de la Culture : Ezzedine Bach Chaouech

Ministre des Affaires de la Femme : Mme Lilia Laabidi

Ministre du Transport et de l’Equipement : Yacine Ibrahim

Ministre de la Formation et de l’Emploi : Said Aydi

Ministre de la Jeunesse et des Sports : Mohamed Aloulou

Ministre auprès du Premier ministre, chargé des réformes économiques et sociales : Elyes Jouini