Tunisie: les milliards du Clan Trabelsi

Combien de milliards d’euros le clan Trabelsi a-t-il bien pu détourner? quelles sont leurs possessions exactes et comment cet argent pourra-t-il être rendu aux Tunisiens ? Voici une question de taille que devra gérer le nouveau gouvernement de Tunisie.

Alors que la situation reste tendue en Tunisie, la colère de la population s’est concentrée sur des cibles bien précises. Qu’il s’agisse de magnifiques villas, d’un magasin Carrefour ou d’une concession Ford, elles ont en commun d’appartenir à la « Famille », le Clan Trabelsi.

En Tunisie comme ailleurs tout le monde connaissait les détournements financiers du Clan Trabelsi, du nom de famille de la seconde épouse de Ben Ali qui avait depuis une dizaine d’années la haute main sur l’économie tunisienne. La publication des mémos américains par WikiLeaks a donné un coup de projecteur extraordinaire sur le système qu’avait mis en place la première dame tunisienne. Les câbles de l’ambassade américaine ont eu une influence certaine sur les émeutes car ils montrent en détail un système de corruption organisé par un véritable clan mafieux.

Autour de Leila Trabelsi gravite une famille élargie qui représente une centaine de personnes contrôlant la majorité de l’économie tunisienne. Le plus connu est son frère Belhassen Trabelsi, qui passe pour être le plus riche et le plus corrompu. Il posséderait, selon les mémos américains publiés par WikiLeaks et traduits par le journal Le Monde, «de nombreuses entreprises [[Karthago Group]], parmi lesquelles une compagnie aérienne, plusieurs hôtels, une des deux radios privées tunisiennes, des usines d’assemblage d’automobiles, le réseau de distribution Ford, une société de développement immobilier, et la liste n’est pas finie. […]». Belhassen Trabelsi est par ailleurs au Conseil d’Administration de la Banque de Tunisie, premier établissement financier du pays.

Mais chaque membre de la famille a bénéficié à plus ou moins grande échelle de l’influence de l’ex-première dame pour s’enrichir. Dans leur livre «La régente de Carthage. Main basse sur la Tunisie», Nicolas Beau et Catherine Graciet expliquaient qu’aucun secteur d’activité n’échappait à la mainmise du Clan. A tel point que la bourgeoisie traditionnelle tunisienne n’avait plus qu’un rêve, celui de les voir partir, car le commerce normal n’était plus possible et aucune réussite économique n’était tolérée hors celle de la Famille.

L’immobilier : la privatisation des terres de Tunisie au profit du Clan

Le développement de la Tunisie et la progression du tourisme entraîne un boom immobilier sans précédent. Le prix des terrains explosent, en particulier lorsqu’ils sont bien placés et qu’ils peuvent devenir constructibles. La méthode est alors simple. Le terrain est donné ou vendu à bas prix à un membre de la famille, puis rendu constructible. Il n’y a plus alors qu’à y faire construire un hôtel, une villa ou un centre commercial et le revendre au prix fort. Les mémos américains racontent ainsi l’histoire d’un terrain donné à Leila Trabelsi sur laquelle elle aurait fait bâtir la Carthage International School. En quelques semaines, le gouvernement tunisien aurait fait construire les routes permettant de desservir l’école, ce qui aurait permis à Madame Ben Ali de revendre dans la foulée le bâtiment avec une énorme plus-value.

Mais comment évaluer exactement la fortune accumulée par le Clan? Si certaines affaires de pot-de-vin ou de corruption pourront être démontrées, il n’en reste pas moins que le Clan Trabelsi a des participations dans de multiples sociétés et que de nombreux procès seront nécessaires pour prouver qu’elles ont été acquises de manières frauduleuses. Nul n’est d’ailleurs capable aujourd’hui d’établir avec exactitude la liste des avoirs de la famille. Combien de centaines de millions ou milliards d’euros cela peut-il bien représenter? Une seule certitude, c’est une fortune qui permettrait sans aucun doute de faciliter la vie du peuple tunisien dans les prochains mois. A contrario, c’est aussi une arme que la famille Ben Ali pourrait utiliser pour bloquer l’économie du pays dans le cas où le gouvernement ne réussit pas rapidement à en reprendre le contrôle.

Anticipant sans doute les demandes du nouveau gouvernement, la France a annoncé que des dispositions ont été prises afin de bloquer les comptes d’un certain nombre de personnalités tunisiennes. Il faut maintenant espérer que d’autres pays comme la Suisse adopteront rapidement la même démarche. Le Clan Trabelsi ne sera de toute façon pas à court d’argent, Leïla Trabelsi ayant retiré 45 millions d’euros en or de la Banque de Tunisie avant de quitter le pays.

Retrouvez le mémo original publié par Wikileaks et la traduction en français par le journal Le Monde qui n’a été publié que le 15 janvier 2011, après la chute de Ben Ali.