Tunisie : les lycéens dans la rue

Les forces de l’ordre ont dispersé à l’aide de gaz lacrymogènes des centaines de lycéens qui manifestaient mardi, dans les rues de Thala, une localité du centre-ouest de la Tunisie. La veille, plus de 250 jeunes avaient déjà investi les rues de cette ville pour dénoncer le chômage galopant et la dégradation de leurs conditions de vie. Depuis la mi-décembre, la grogne monte et les manifestations se multiplient dans le pays et accusent le pouvoir de rester silencieux face à ce malaise. En réaction, le président Zine el Abidine Ben Ali a décidé mardi la nomination d’un porte-parole officiel du gouvernement.

Retour de vacances mouvementé en Tunisie. Des centaines de lycéens étaient ce mardi, pour la deuxième journée consécutive, dans les rues de Thala, une ville située à environ 250 km de Tunis. Selon plusieurs témoins qui se sont confiés aux agences de presse AP et AFP, des chômeurs se sont joints à la manifestation qui s’est transformée en affrontements violents avec la police. Les forces de l’ordre, appuyées par des renforts venus de régions voisines, ont dispersé la foule à l’aide de la matraque et d’abondants gaz lacrymogènes.

« La police s’est introduit dans un lycée en maltraitant élèves et enseignants », a témoigné un syndicaliste joint au téléphone par l’AP. Plusieurs blessés ont été transférés à l’hôpital de Kasserine, chef-lieu de la région, a précisé ce syndicaliste qui a requis l’anonymat. Il a également fait état de nombreuses interpellations. Les établissements scolaires de Thala ont été fermés l’après-midi.

La veille, la manifestation avait aussi tourné à l’émeute dans cette localité. Les manifestants avaient incendié le siège du parti au pouvoir et mis le feu à des pneumatiques. Dans d’autres villes, mais à une moindre échelle, les lycéens avaient répondu aux messages de mobilisation circulant via les réseaux sociaux sur internet. Ils se sont mobilisés dans plusieurs villes : à Sfax, à Sidi Bouzid, à Tunis, à Grombalia et à Bizerte. A Jbeniana, deux jeunes auraient été interpellés. A Sousse il y aurait eu des heurts entre les étudiants et les forces de l’ordre, selon RFI.

Place à la communication?

Le gouvernement, qui accuse l’opposition de manipuler ces manifestations, a néanmoins décidé de réagir politiquement mardi. Après qu’il lui a été reproché son mutisme et le silence des médias officiels face au malaise exprimé par les jeunes protestataires, le président Zine el Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans, a nommé un porte-parole officiel du gouvernement. Une fonction qui n’existait pas jusqu’alors en Tunisie. Selon l’agence de presse gouvernementale TAP, elle a été confiée au nouveau ministre de la communication Samir Laâbidi.

Depuis le 17 décembre, la Tunisie connaît d’importants troubles sociaux. Ils ont éclaté après que de jeunes chômeurs de Sidi Bouzid ont tenté de se suicider. Mohammed Bouazizi, un jeune vendeur de fruits et légumes, s’est immolé ce 17 décembre après la confiscation de sa marchandise par la police. Houcine Néji, lui, s’est tué le 22 décembre en montant sur un pylône électrique pour dénoncer le chômage. Des actes de détresse dans lesquels la jeunesse tunisienne, largement désœuvrée, se retrouve.

Suite aux troubles – qui à Sidi Bouzid ont fait trois morts et un blessé grave –, le président Ben Ali a limogé le gouverneur de Sidi Bouzid et annoncé des mesures « urgentes » pour le lancement de projets et la création d’emplois dans les régions de l’intérieur du pays. Des déclarations qui ne sont pas parvenues à restaurer la paix sociale en Tunisie. Les avocats appellent à la grève générale le 6 janvier, pour dénoncer l’attitude des autorités à leur égard et soutenir l’action des jeunes.

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