Tunisie : le torchon brûle entre Ennahda et les salafistes

Les salafistes prévoient de tenir leur grand rassemblement annuel ce dimanche à Kairouan, dans le centre du pays. Le parti islamiste Ennahda, dirigé par Rached Ghannouchi, a demandé au gouvernement d’interdire cette manifestation. Malgré la mise en garde des partisans de la loi islamique contre une telle décision : le gouvernement sera « responsable de toute goutte de sang qui sera versée », a prévenu Seifeddine Raïs, le porte-parole d’Ansar al-Charia. La manifestation a été interdite.

Le gouvernement sera « responsable de toute goutte de sang qui sera versée » a prévenu Seifeddine Raïs, le porte-parole d’Ansar al-Charia. Les partisans de la loi islamique ont ainsi mis en garde le parti islamiste Ennahda contre toute interdiction de leur grand rassemblement annuel prévu pour demain, dimanche 19 mai, à Kairouan, dans le centre du pays.

Malgré les menaces des partisans de la loi islamique, la grand-messe des salafistes a été interdite. « Les autorités doivent appliquer la loi sans distinction, nous soutenons la fermeté du gouvernement à faire appliquer la loi pour tous », avait déclaré mercredi Rached Ghannouchi, dénonçant l’usage de la violence au nom de l’islam, rapporte LePoint.fr.

De leur côté, les salafistes campent sur leurs positions, en maintenant leur grand rassemblement. « Nous ne demandons pas l’autorisation du gouvernement pour prêcher la parole de Dieu et le mettons en garde contre toute intervention de la police pour empêcher la tenue du congrès », a annoncé jeudi le porte-parole d’Ansar al-Charia.

Rached Ghannouchi vs Ansar al-Charia

Depuis quelques jours, un bras de fer oppose le parti islamiste Ennahda aux groupes islamistes radicaux en Tunisie. Fin mars, le gouvernement tunisien d’Ali Laarayedh accusait le groupe d’Abou Iyadh, un des chefs radicaux tunisiens, d’entretenir des liens très étroits avec Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI). « Il y a une faction du salafisme qui prône la violence et le terrorisme. Cette faction est en guerre avec l’Etat et la société », avait déclaré l’actuel Premier ministre tunisien, Ali Laarayedh.

Le groupe islamiste radical avait manifesté son mécontentement face aux propos du chef du gouvernement et proféré des déclarations très menaçantes sur sa page Facebook. « Ennahda doit se rattraper avant que nous ne passions à l’acte. La réponse sera ce que vous verrez de vos propres yeux et non ce que vous entendrez ».

C’est pour cela que Rached Ghannouchi a déclaré la guerre aux salafistes. « Nous sommes en état de guerre avec les extrémistes ! », a confié jeudi 9 mai à la presse, le chef du parti islamiste Ennahda. Il est particulièrement remonté contre les terroristes car une quinzaine de soldats et gendarmes tunisiens ont été blessés par des mines pendant les opérations de ratissage à l’Ouest de la Tunisie, sur le Mont Chaambi.

A l’instar du numéro 1 d’Ennahda, Amer Laarayedh, un autre cadre du parti au pouvoir, pense aussi que le terrorisme n’a rien à faire en Tunisie : « Il n’y a pas de place, il n’y a pas d’avenir pour les groupes terroristes en Tunisie. C’est un Etat de paix, c’est une République civile. Pas de djihad armé en Tunisie ! C’est inquiétant, admet-il, mais c’est un phénomène international. C’est multidimensionnel », a-t-il affirmé.

Force est de constater que la tension est à son paroxysme en Tunisie. Cette opposition entre le parti islamiste Ennahda et les salafistes pourraient tourner au drame, comme l’annoncent les partisans de la loi islamique, si en tout cas les forces de l’ordre les empêchent de manifester demain, dimanche 19 mai. A suivre…