Tunisie : le rappeur Weld El 15 condamné à 2 ans de prison ferme

Le rappeur tunisien Weld El 15 a été condamné par contumace à deux ans de prison ferme pour avoir, dans un clip, appelé à tuer des policiers.

Le verdict est tombé vendredi. Le rappeur Weld El 15 a été condamné par contumace à deux ans de prison ferme. Cette condamnation fait suite à la diffusion d’un clip de rap, « Boulicia kleb » (les policiers sont des chiens, ndlr), dans lequel le chanteur dénonce les bavures policières en Tunisie. Weld El 15 est actuellement en fuite, de peur d’être lui-même victime d’une bavure policière. C’est en tout cas ce qu’il explique dans une lettre ouverte. Le rappeur déclare être prêt à répondre à la justice. Mais fraîchement sorti de prison, suite à une « fausse accusation de consommation de drogue », selon lui, il s’attend à être maltraité par les policiers s’il se rendait. Il affirme avoir déjà été maltraité lors de sa précédente arrestation.

Des condamnations abusives

Arrêtés le 10 mars, le cadreur, Hedi, et le mannequin qui figure dans le clip, Sabrine, ont tous les deux écopés d’une peine de six mois de prison avec sursis. L’un des amis du rappeur, le chanteur Amino, est également en fuite. Pourtant, ce dernier n’a rien avec la chanson et le clip. Son crime ? Avoir été cité par Weld El 15 dans le clip lors d’une dédicace. « Je n’ai rien à voir avec cette affaire. Mon nom a été mentionné pour une dédicace », a déclaré Amino à la radio kalima. « Nous ne sommes pas des criminels ! », s’est-il insurgé. Amino est également en fuite. Il attend de la justice qu’elle retire sa condamnation abusive.

Quant aux deux autres, Hedi et Sabrina, ils n’ont fait que filmer ou figurer dans la vidéo.

La présidente du parti tunisien, Maryam Mnaouar, « dénonce toutes les formes d’appel au meurtre et comprend que la justice demande des comptes au chanteur », mais le parti craint que celui-ci n’arrive pas « intact devant le juge », comme l’explique le rappeur dans sa lettre. Le parti, qui s’étonne que les appels au meurtre exprimés par des extrémistes ne soient pas réprimés, demande tout de même qu’une enquête sur les bavures policières dénoncées par ce clip soit ouverte.

« Atteintes aux bonnes mœurs »

Les artistes étaient aussi poursuivis pour « complot formé pour commettre des violences contre des fonctionnaires », calomnie de fonctionnaires et « atteintes aux bonnes mœurs ». Dans ce clip, il est aussi question de tuer des policiers identifiés comme des ennemis. Le rappeur n’y va pas par quatre chemins. Il affirme vouloir « égorger un policier à la place du mouton », ou encore vouloir leur tirer dessus : « Donne-moi un revolver, je vais tirer sur eux ».

Toutes les personnes citées dans cette affaire ont été mises, très probablement injustement, dans un même panier. Pourtant, la seule personne censée répondre à la justice pour avoir appeler à tuer des fonctionnaires est le rappeur Weld El 15.

Maryam Mnaouar appelle les artistes et tout particulièrement les rappeurs, notamment en France, à se mobiliser pour que Weld El 15 ait le droit à un procès équitable. Certes, Weld 15 doit désormais assumer ses paroles face à la justice, mais comme il le précise lui-même dans sa lettre ouverte, arrivera-t-il « intact » devant les juges ?