Tunisie : la mouvance salafiste derrière le meurtre de Chokri Belaïd ?

Deux hommes soupçonnés du meurtre de l’emblématique opposant tunisien Chokri Belaïd ont été interpellés à Carthage. Selon la police, ils appartiendraient à la mouvance salafiste.

La Tunisie connait désormais les meurtriers présumés de Chokri Belaïd. Les deux hommes ont été interpellés à Carthage, au nord-est de Tunis, le 25 janvier dernier. Et selon la police, ils appartiendraient à la mouvance salafiste.

Celui qui aurait tiré sur l’emblématique opposant tunisien serait un artisan spécialisé dans les meubles en aluminium. Son complice l’aurait aidé à fuir en moto. La police, qui s’est basée sur le témoignage d’une femme pour les arrêter, affirme que le présumé tueur serait actif dans la Ligue de la protection de la révolution, un mouvement pro-islamiste très radical. D’ailleurs, selon la radio Mozaique FM, le suspect aurait déjà avoué son crime contre Chokri Belaïd, affirmant qu’il ne faisait qu’exécuter « une fatwa qui appelait au meurtre ».

Crise politique profonde

L’assassinat du dirigeant du Front populaire, qui regroupe plusieurs mouvements de gauche et nationalistes, a plongé le pays dans une profonde crise politique, provoquant la démission du Premier ministre Hamadi Jebali. Ce dernier voulait mettre en place un nouveau gouvernement de technocrates. Mais il s’est heurté au chef du parti islamiste au pouvoir Ennahda, Rached Ghannouchi qui s’est fermement opposé à ce projet, dénonçant une remise en cause de la légitimité de son parti à diriger le pays.

Ennahda a même été jusqu’à organiser des manifestations contre les initiatives de l’ancien chef du gouvernement, remplacé désormais par Ali Larayedh, le ministre de l’Intérieur sortant. Ce dernier est toutefois loin de faire l’unanimité. Près de 59% des Tunisiens, selon un sondage TBC, ont affirmé ne pas avoir confiance en ses capacités pour redresser le pays. Il n’a pas encore nommé son nouveau gouvernement.

Ali Larayedh n’est pas n’importe qui dans l’arène politique tunisienne. Prisonnier et torturé sous le régime tunisien déchu de Zine El Abidine Ben Ali, puis ministre de l’Intérieur après la révolution de 2011, l’homme âgé de 57 ans est considéré comme un homme de dialogue, appartenant au courant modéré de son parti. Ennahda, qui sait qu’il est attendu au tournant par l’opposition, a promis pour sa part de mettre en place la coalition la plus large possible pour sortir le pays de la crise dans laquelle il est englué.