
En Tunisie, la militante antiraciste Saadia Mosbah est condamnée à 8 ans de prison, une décision dénoncée par les ONG et la société civile.
Figure emblématique de la lutte contre le racisme en Tunisie, Saadia Mosbah a été condamnée à huit ans de prison par la justice tunisienne. Accusée de malversations financières, la militante de 66 ans conteste fermement ces accusations, soutenue par ses avocats et plusieurs ONG. Ce verdict suscite une vive inquiétude au sein de la société civile. Il intervient dans un contexte de tensions croissantes autour des libertés publiques dans le pays.
Une condamnation lourde pour une figure engagée
Le verdict est tombé le 19 mars 2026 : Saadia Mosbah, militante antiraciste reconnue en Tunisie, a été condamnée à huit ans de prison, assortis d’une amende de 100 000 dinars, soit environ 30 000 euros.
Présidente de l’association M’nemty, elle était poursuivie pour des accusations de blanchiment d’argent et de malversations financières. Ses avocats dénoncent toutefois un dossier fragile et affirment que les éléments présentés ne justifient pas une telle condamnation.
Une militante au cœur de la défense des migrants
Âgée de 66 ans, Saadia Mosbah s’est imposée comme une figure majeure de la défense des droits des personnes noires et des migrants en Tunisie. Elle a notamment joué un rôle central dans l’adoption, en 2018, d’une loi pionnière contre les discriminations raciales dans le pays.
Ces dernières années, elle s’était mobilisée en faveur des migrants d’Afrique subsaharienne, dans un contexte marqué par des tensions accrues et des discours politiques controversés sur la question migratoire.
Un verdict contesté par la défense et les ONG
La décision de justice a immédiatement suscité des réactions indignées. Les avocats de la militante dénoncent un jugement « choquant » et annoncent leur intention de faire appel. Ils affirment que les financements de l’association étaient transparents et provenaient d’organisations reconnues.
Plusieurs organisations de défense des droits humains évoquent également une décision politique plutôt que juridique, pointant un climat de pression croissante sur la société civile tunisienne.
Des condamnations qui dépassent le seul cas Mosbah
Le procès ne concernait pas uniquement Saadia Mosbah. Son fils a été condamné à trois ans de prison ferme, tandis qu’une autre militante a écopé de deux ans de détention. Trois membres de l’association ont, en revanche, bénéficié d’un non-lieu.
Pour de nombreux observateurs, cette affaire illustre un durcissement des autorités à l’égard des acteurs associatifs engagés sur les questions migratoires.
Un contexte politique sous tension en Tunisie
Depuis 2021, plusieurs ONG dénoncent une dégradation des libertés publiques en Tunisie. Des opposants politiques, journalistes et défenseurs des droits humains font régulièrement l’objet de poursuites judiciaires.
Dans ce contexte, la condamnation de Saadia Mosbah est perçue comme un signal fort envoyé à la société civile, notamment à ceux qui travaillent sur les questions sensibles liées à l’immigration et aux discriminations.




