Tunisie : l’ex-Premier-ministre de Kadhafi extradé sans l’accord du président Moncef Marzouki

Le gouvernement tunisien a extradé, ce dimanche, l’ex-Premier ministre libyen Al- Baghdadi al-Mahmoudi vers Tripoli. Néanmoins cette extradition s’est faite sans l’aval de la présidence tunisienne.

Al-Baghdadi al- Mahmoudi a retrouvé ses terres. Le gouvernement tunisien a livré ce dimanche l’ancien Premier ministre de Mouammar Kadhafi à son pays d’origine, la Libye. Il était aux mains de la justice tunisienne depuis septembre dernier après avoir fui la Lybie alors en guerre pour faire tomber Mouammar Khadafi. « Al-Baghdadi al- Mahmoudi se trouve à présent en prison en Libye », a indiqué en fin d’après-midi le Premier ministre libyen Abdel Rahim al-Kib. Son extradition a suscité une crise au sommet de l’Etat tunisien. Le président Monsef Marzouki affirme ne pas avoir donné son accord.

La présidence a publié dimanche soir un communiqué dénonçant une extradition « illégale » qui « ternit l’image de la Tunisie dans le monde ». Le palais de Carthage n’a effectivement « pas été avisé » de l’extradition de M. Mahmoudi, a déclaré à l’AFP Adnen Manser, le conseiller du président Moncef Marzouki, pour qui cette décision ouvre « une crise grave » entre la présidence et le gouvernement tunisiens.«

La présidence de la République tunisienne a été informée de l’extradition», a rétorqué lundi le porte-parole du gouvernement Samir Dilou, se gardant toutefois de préciser si c’était avant ou après l’extradition. M. Marzouki avait affirmé début juin « son opposition de principe » à l’extradition d’Al-Baghdadi al- Mahmoudi, réclamant des garanties du côté libyen sur le respect des droits de l’homme et un procès équitable.

« L’extradition peut se passer de la signature du président »

Mais le chef du gouvernement tunisien avait déjà affirmé début juin que l’extradition était une décision de justice qui pouvait se passer de la signature du président de la République. Moncef Marzouki compte quant à lui saisir l’Assemblée Nationale constituante pour « transgression de ses prérogatives ». C’est la première fois depuis leur installation en décembre dernier que la présidence et le gouvernement sont en déssacord.

L’ancien Premier ministre libyen faisait l’objet de deux demandes d’extradition de la justice libyenne. La première pour détournement de fonds, la seconde pour incitation au viol des femmes pendant la guerre de 2011. Tripoli a demandé à deux reprises son extradition. La justice tunisienne avait répondu favorablement à cette demande. Mais l’extradition contestée notamment par des associations de défense des droits de l’homme était restée en suspens car l’ancien président par intérim Fouad Mebazaa n’avait pas signé le décret d’extradition. Les défenseurs tunisiens de l’ex Premier ministre libyen ont rappelé que leur client avait fait une demande de statut de réfugié politique auprès du HCR (Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés) et que l’extradition intervenait avant la réponse de l’organisation internationale.