Tunisie – Egypte : les révolutions en chansons

Voilà, venu d’Allemagne, From the Kasbah / Tunis To Tahir / Cairo and back : our deams are our weapons (Network, 2011), un disque qui reprend quelques-unes des chansons qui accompagnèrent les révolutions en Tunisie et en Egypte, notamment sur youtube, puisque internet fut l’une des principales “armes” des manifestants.

L’intérêt du disque est moins musical que politique, et plusieurs titres – succès populaire oblige – ne sont que musiques de variétés rapidement conçues et insignifiantes. Les paroles également sonnent parfois un peu “patriotiques” ou solennelles. Par exemple, chez la Tunisienne Zorah Lajnef…

Ce CD a du moins le mérite de nous faire découvrir le rappeur tunisien Hamada Ben Amor, dit “Le Général”, dont la chanson “Raïs lebled” (Président du pays), enregistrée en 2010, avant la révolution, n’avait alors retenu l’attention de personne, en dehors de la Tunisie. Il sera arrêté le 7 janvier 2011 “par 40 policiers” venus le chercher, et libéré le 14 janvier, jour de la fuite du président Ben Ali:

“Président du pays, aujourd’hui je te parle au nom du peuple.

Aujourd’hui, il y en a tant qui ont faim, qui cherchent du travail, mais personne ne les écoute.

Va dans les rues, alors tu verras par toi-même la brutalité de la police qui tape à coups de matraque et que personne n’ose stopper.

Les lois n’ont même pas la valeur de l’encre avec laquelle elles ont été écrites.

Tous les jours, on fait état de personnes faussement accusées bien que la police sache parfaitement qu’elles ne sont pas coupables.

Tu verras aussi comment les femmes voilées sont battues.

Accepterais-tu que ta fille soit traitée de cette manière?

Voilà, c’est un message pour toi, prends-le comme s’il t’était adressé par un de tes enfants”…

Ce disque a également le mérite de nous faire entendre le grand chanteur Egyptien Mohamed Mounir, trop peu connu hors d’Europe, chanteur engagé et très populaire en Egypte; de nous faire découvrir le duo des frères Amine et Hamza, artistes tunisiens qui jouent respectivement du ‘oud et du kanoun; et de révéler l’extraordinaire mobilisation, lors de ces révolutions, des diasporas des émigrés, à l’instar des frères Joseph et James Tawadros, Australiens d’origine égyptienne, accourus en Egypte pour participer à la révolution, et qui en furent vite expulsés…

 From the Kasbah / Tunis To Tahir / Cairo and back : Our deams are our weapons, Nos rêves sont nos armes, (Network, 2011)