Tunisie : bras de fer entre Rached Ghannouchi et les islamistes d’Ansar al-Sharia

Les islamistes d’Ansar al-Sharia en Tunisie ont manifesté leur ferme volonté de tenir leur congrès, le 18 mai, à Kairouan, ville emblématique du centre du pays. Mais, les tensions restent très vives. Le parti au pouvoir Ennahda refuse de leur accorder une autorisation parce qu’ils prêchent la violence. Rached Ghannouchi, actuel président d’Ennahda, leur déclare ouvertement la guerre

« Nous ne demandons pas l’autorisation du gouvernement pour prêcher la parole de Dieu et nous mettons en garde le gouvernement contre toute intervention de la police pour empêcher la tenue du congrès ». Des mots durs proférés par Seifeddine Rais, porte-parole de Ansar al-sharia, groupe islamiste radical tunisien.

Cette déclaration est sans aucun doute adressée à Rached Ghannouchi, président de l’actuel parti au pouvoir, Ennahda. Lors d’une conférence de presse tenue ce mercredi à Montplaisir, il s’est alors livré à un véritable bras de fer contre le groupe Ansar-al-Sharia. « Le meeting d’Ansar al-Sharia n’aura pas lieu, s’il n’obtient pas d’autorisation », a-t-il précisé.

Une déclaration acerbe que le groupe radical n’a pas digérée. Le groupe met en garde le gouvernement contre tout dérapage. « Le gouvernement sera responsable de toute goutte de sang qui sera versée », ajoute Seifeddine Rais. Le groupe s’entête à revenir sur sa décision d’organiser son meeting. Il persiste et signe, faisant savoir aux autorités tunisiennes que quelque 40 000 personnes sont attendues à Kairouan.

« La bataille fratricide »

Depuis quelques jours, un bras de fer oppose le parti islamiste Ennahda aux groupes islamistes radicaux en Tunisie. Fin mars, le gouvernement tunisien d’Ali Laarayedh accusait le groupe d’Abou Iyadh, un des chefs radicaux tunisiens, d’entretenir des liens très étroits avec Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI). « Il y a une faction du salafisme qui prône la violence et le terrorisme. Cette faction est en guerre avec l’Etat et la société », avait déclaré l’actuel Premier ministre tunisien, Ali Laarayedh.

Le groupe islamiste radical avait manifesté son mécontentement face aux propos du chef du gouvernement et proféré des déclarations très menaçantes sur sa page Facebook. « Ennahda doit se rattraper avant que nous ne passions à l’acte. La réponse sera ce que vous verrez de vos propres yeux et non ce que vous entendrez ».

« Nous sommes en état de guerre avec les extrémistes »

Le gouvernement hausse à nouveau le ton et souffle sur les braises. Le 9 mai dernier, lors d’une conférence de presse, Rached Ghannouchi déclare ouvertement et sans ambages : « Nous sommes en état de guerre avec les extrémistes ». Une déclaration de guerre à la suite d’une opération de ratissage à l’Ouest de la Tunisie, sur le Mont-Chaambi où des violents combats opposaient forces loyalistes tunisiennes et groupes terroristes.

Le samedi dernier, de violents heurts ont opposé la police tunisienne à un groupe de salafiste à Sidi Hassine Sijoumi, dans le sud-ouest du pays. Les salafistes tentaient d’installer, sans autorisation, des tentes de prédications et de fatwas religieux.

Aujourd’hui, le gouvernement tunisien ne cache pas son inquiétude face à la montée en puissance du terrorisme radical dans son pays. Mais il n’est pas le seul. L’Algérie voisine aussi est sur le qui-vive. Elle a déjà déployé, ce 15 mai, 6 000 soldats dans sa frontière avec la Tunisie. Le risque de voir la région devenir un rempart pour les groupes islamistes fait déjà trembler les autorités des deux pays.