Trois semaines pour mieux appréhender le drame des Harkis

L’association Harkis et Droits de l’Homme présente à Paris, du 10 au 31 octobre, de nombreuses rencontres sur l’histoire franco-algérienne. Au programme : expositions, films, théâtre, débats, colloque mais également témoignages de Harkis. L’histoire souvent méconnue de cette population algérienne engagée auprès de la France dans la guerre d’Algérie est toujours taboue, plus de cinquante ans après les faits.

A l’occasion du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, l’association Harkis et droits de l’Homme lance dans la capitale française toute une série de manifestations culturelles et scientifiques sur l’histoire franco-algérienne. Expositions photos, projections de films, pièces de théâtre, débats et colloques, tous les moyens sont bons pour « créer un espace de réflexion », estime Fatima Besnaci-Lancou, présidente de l’association. Cet événement est, selon elle, un moyen de mettre en lumière de nombreux « points d’ombre d’une histoire instrumentalisée de part et d’autre de la Méditerranée ».

Colonisation, guerre d’indépendance, immigration, les relations ont toujours été houleuses et douloureuses entre la France et son ancien département. L’association espère pendant ces trois semaines de débats lever le voile, et les tensions par la même occasion, sur une histoire souvent méconnue. Victimes de la double peine, selon l’expression consacrée, les Harkis seront au cœur des débats pendant ces trois semaines de discussion.

Engagés auprès de l’armée française lors de la guerre d’Algérie, ces Algériens musulmans, partisans de l’Algérie française, se sont battus sous le drapeau tricolore de 1957 à 1962. A la fin de la guerre d’indépendance, les Accords d’Evian qui mirent fin aux combats ne prévirent rien pour eux. Les Harkis se retrouvèrent alors en terrain ennemi dans une Algérie victorieuse et indépendante. Déconsidérés par l’ancienne métropole et accusés de « traitrise et de collaboration » par les Algériens, ils furent les cibles de nombreux assassinats. Aujourd’hui, bien que les violences se soient apaisées, des tensions subsistent, en Algérie mais aussi en France, entre les descendants de Harkis et les descendants d’immigrés algériens. « Les Harkis sont victimes de réprimandes en Algérie. Leurs enfants ont encore beaucoup de mal à trouver un emploi, un logement. Même si la situation est moins dramatique en France, il y a toujours des tensions entre les enfants. »

Le président Sarkozy n’a pas respecté ses promesses de campagne

A travers ces manifestations culturelles et scientifiques, l’association espère également aborder le thème de la reconnaissance officielle de la situation des Harkis. Interrogée par Afrik.com, Fatima Besnaci-Lancou nous rappelle que François Hollande a reconnu, au nom du PS, la responsabilité française dans le drame qu’ont connu les Harkis. François Bayrou avait également fait des déclarations dans ce sens en déclarant que « beaucoup d’entre eux avaient été abandonnés, pour des raisons d’Etat ». Par contre, Nicolas Sarkozy, qui en avait fait la promesse lors de la campagne a failli. La question des réparations financières ne se pose pas, seule compte « la reconnaissance officielle de la France »

Les manifestations, qui ont débuté vendredi dans la capitale, ont reçu le soutien de plus de quarante organismes publics et privés, d’associations, de médias et de syndicats. Elles sont parrainées par une vingtaine de personnalités d’horizons divers : milieux scientifique, culturel et économique. Le weekend a démarré sur les chapeaux de roue avec plus de trois cents inscrits au Sénat pour l’exposition « Les Harkis dans la colonisation et ses suites ». Le débat est lancé…

Le programme des manifestations sur Harkis et Droits de l’Homme

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