Travaux forcés pour Pascal Lissouba

L’ancien président congolais Pascal Lissouba est jugé, jeudi et vendredi dans la capitale congolaise, pour  » haute trahison « . Trois de ses anciens ministres sont également poursuivis pour  » détournement de deniers publics, forfaiture et concussion « . Mais aucun des intéressés n’a fait le déplacement à Brazzaville. Le procureur a requis des peines de travaux forcés contre les accusés.

Le procureur général du Congo, Gabriel Entcha Ebia a requis vendredi à Brazzaville une peine de travaux forcés à perpétuité contre l’ancien président Pascal Lissouba, accusé de « haute trahison », ainsi que la confiscation de ses biens. Et 30 ans de travaux forcés contre les anciens ministres. Le procès contre l’ancien président congolais Pascal Lissouba, poursuivi pour  » haute trahison « , avait débuté jeudi dernier à Brazzaville. L’ancien Premier ministre Jacques Yhombi Opango, l’ancien ministre des Finances, Guila Mounounga Kombo et celui des Hydrocarbures, Benoît Koukébéné sont également jugés pour  » détournement de deniers publics, forfaiture et concussion « . Pascal Lissouba et ses anciens ministres sont accusés d’avoir signé un contrat en 1993 avec la société pétrolière américaine Oxy (Occidental petroleum corporation).

Selon cet accord, le Congo s’engageait – en échange de la vente de sa part dans le champ pétrolifère de Nkossa – à vendre à Oxy 50 millions de barils de pétrole pour la modique somme de 150 millions de dollars, soit 3 dollars le baril. Au moment de la signature du contrat, le prix du baril congolais était de 14 dollars et ce contrat a occasionné un manque à gagner de plus de 500 millions de dollars au pays. A l’époque, l’opposition, à laquelle appartenaient les Forces démocratiques Unies (FDU) de l’actuel chef de l’Etat Denis Sassou Nguesso, avait accusé le gouvernement de Lissouba de  » brader  » le pétrole congolais.

Hôtel à Paris

Lissouba avait alors assuré que les fonds versés par Oxy avaient servi au paiement des salaires des fonctionnaires.  » Une partie de ces fonds a permis de payer trois mois de salaires sur les dix mois d’arriérés et d’organiser les élections législatives anticipées remportées par ses partisans « , a déclaré l’ancienne directrice de cabinet de Pascal Lissouba, Claudine Munari, entendue ce jeudi en tant que témoin.

Selon l’acte d’accusation, les fonds générés par le contrat n’ont pas été versés au Trésor public. Plus d’un milliard de francs cfa (1,524 million d’euros) a été versé par une banque belge, la Belgolaise, sur un compte appartenant à Claudine Munari, l’autre partie ayant servi au financement de la campagne électorale des partisans de l’ancien président.  » M. Lissouba avait fait transiter par mon compte personnel à l’Union congolaise de banques (UCB) des fonds qui avaient servi à financer la campagne électorale de la mouvance présidentielle lors des élections anticipées de 1993 « , a ajouté Claudine Munari. D’après l’acte d’accusation, l’ancien président aurait acheté en 1996 un hôtel à Paris avec les fonds issus du contrat avec Oxy. Le procureur a demandé, ce vendredi, la confiscation de cet hôtel au profit de l’Etat congolais.

Pas le choix

L’ancienne directrice de cabinet a également plaidé en faveur de son patron.  » Le président Lissouba n’avait pas le choix face à une tension sociale caractérisée à l’époque par dix mois d’arriérés de salaire. Après avoir essuyé un refus de la part d’Elf alors que les caisses de l’Etat étaient vides, il était obligé de rechercher de l’argent à n’importe quel prix « , a-t-elle expliqué.

Exilé à Londres depuis 1997 suite à sa défaite militaire face à Denis Sassou Nguesso, Pascal Lissouba n’était pas présent à l’audience. Pas plus que son ancien Premier ministre et l’ancien ministre des Hydrocarbures, réfugiés à Abidjan et celui des Finances, exilé à Paris.