« Tragédie » en Centrafrique : Idriss Déby convoque un sommet extraordinaire

Les dix pays membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC) se réuniront lundi 21 octobre à N’Djamena dans le cadre d’un sommet extraordinaire dédié à la crise en Centrafrique.

Pour la cinquième fois, les dirigeants des pays membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC) se retrouveront ce lundi en session extraordinaire à N’Djamena, la capitale du Tchad, pour aborder le thème de la crise en Centrafrique. Les exactions contre la population n’ont toujours pas cessées. Des bandes armées, dont des ex-rebelles de la Séléka, font vivre une véritable « tragédie » aux Centrafricains depuis le renversement du régime de François Bozizé, le 24 mars. L’investiture de Michel Djotodia, le 18 août, n’a pas suffi à calmer les tensions dans le pays.

Les forces armées d’Idriss Déby Itno, président en exercice de la CEEAC, continuent de jouer un rôle majeur chez son voisin centrafricain, comme ce fut le cas au Mali. Le président tchadien a convoqué ses homologues d’Afrique centrale afin de trouver une issue à la crise centrafricaine. La liste des participants n’est pas encore connue, mais Bangui devrait très probablement être représenté par Nicolas Tiangaye, le Premier ministre, à l’instar des précédentes réunions.

En termes de chiffres, 10% des 5 millions d’habitants ont été déplacés depuis mars dernier à cause du conflit. La malnutrition touche 38% des enfants, dont un sur cinq ne survivra pas au-delà de 5 ans. L’espérance de vie est actuellement de 45 ans. L’ONU a adressé un message on ne peut plus claire à Michel Djotodia : rétablir l’ordre et la sécurité dans le pays. Le président de la transition a tout d’abord procédé à la dissolution de la séléka, celle-là même qui l’a emmené au pouvoir. Dissoute en plusieurs bandes armées, les autorités centrafricaines cherchent désormais à mettre la main sur les chefs de file.

Violences religieuses

Les premières victimes de ces exactions, la population, ont exprimé leur ras-le-bol face à la situation. Elles exigent un renforcement de la sécurité à Bangui, mais surtout dans les régions reculées de la Centrafrique qui bénéficient d’une surveillance moins importante que dans la capitale. Par ailleurs, les violences intercommunautaires n’ont cessé de se développer depuis l’arrivée de Djotodia au pouvoir, premier président musulman de l’histoire du pays. Pourtant, la communauté chrétienne est plus importante.

En mai dernier, Michel Djotodia a tenté de rassurer les chrétiens en rencontrant les pasteurs des églises évangéliques et protestantes, le nonce apostolique, les évêques et prêtres de l’église catholique. Quelques jours après, les imams de Bangui étaient à leur tour convoqués par la présidence. Le dirigeant s’était adressé à eux de manière ferme après qu’ils aient tenté de s’accaparer la victoire de la Séléka, composée en majorité de musulmans. Ce dernier a voulu éviter une division du pays avec d’un côté les musulmans et de l’autre les chrétiens.

Ces dernières semaines, des violences à connotations religieuses ont lieu tout particulièrement à Bossangoa, dans le nord-ouest, entre chrétiens et musulmans. C’est une première dans le pays. Les observateurs craignent qu’une telle spirale se poursuive sur des générations.

Djotodia s’adresse à la jeunesse centrafricaine

« Je veux que la jeunesse (…) dise non aux manipulations tendant à dresser les uns contre les autres, à faire en sorte que les jeunes prennent les armes, les machettes, les bâtons, pour mettre la vie de leur prochain en danger », a lancé le président Djotodia pendant une « rencontre avec la jeunesse » à Bangui. Afin d’empêcher un tel scénario et tenté de mettre un terme aux exactions, un contingent de 3 600 hommes (Misca) est en cours de déploiement dans le pays. Toutefois, l’action de cette force africaine est limitée par des difficultés logistiques et financières. Afin de combler de manque de moyens, l’ancienne colonie française devrait recevoir une aide de l’hexagone.

Paris, qui a actuellement un détachement de 400 soldats qui contrôle l’aéroport de Bangui, ne participe pas aux opérations de la Misca mais s’est dit prêt à augmenter le nombre de ses troupes dans le pays.