Tragédie aérienne en RDC 

Tragique destinée pour près de 200 passagers du vol de l’Iliouchine 76 se rendant à Lubumbashi, en provenance de Kinshasa. Ils ont presque tous été aspirés dans le vide par la porte arrière de l’appareil qui venait brusquement de s’ouvrir. Le deuil frappe plus particulièrement la police nationale congolaise dont les éléments constituaient le gros des passagers. Plus grave, il n’y avait pas de liste de passagers.

 » Il était près de 23 heures, heure de Kinshasa, quand l’accident s’est produit. Personne n’a eu le temps, ni le recul nécessaire de comprendre ce qui se passait. Après environ 45 minutes de vol, nous devions probablement nous trouver au-dessus de l’une des provinces du Kasai. Je me suis retrouvé littéralement scotché sur le pneu arrière d’un véhicule militaire qui se trouvait dans l’avion. Le reste, je ne sais plus. Je me suis simplement retrouvé, ce matin, sur un lit d’hôpital.  » Ainsi parle le commandant Bushiri, un jeune policier d’une trentaine d’années, rescapé de l’accident qu’a connu l’Iliouchine 76. Ce cargo russe qui, jeudi 8 mai 2003, transportait des éléments de la police congolaise rejoignant leur nouveau poste d’affectation à Lubumbashi, dans la province du Katanga.

Quelques familles de militaires qui attendaient de voyager depuis des semaines, avaient également pris place à bord de l’avion. A l’hôpital militaire du camp Kokolo de Kinshasa, le commandant Bushiri parle avec difficulté. Il a des contusions un peu partout sur le corps et plus particulièrement à la tête. Avec ses compagnons d’infortune, il venait de terminer une formation commando au camp militaire de Kibomango, à près de 70 kilomètres de Kinshasa et faisait partie d’un bataillon qui devait étoffer la brigade présidentielle dans la ville de Lubumbashi.

Sceau du secret

A Kinshasa, toute la ville s’est trouvée en état de choc à la diffusion, par les médias étrangers, de cette information que les médias congolais ne diffuseront que très tard. Les informations à caractère militaire sont généralement frappées du sceau du secret et les détails fiables sont difficilement disponibles. Il en est ainsi du nombre exact des passagers, de celui des victimes et des rescapés. Selon des informations récoltées sur place à l’aéroport de Ndjili, c’est environ 200 personnes qui auraient pris part au vol. Concernant le nombre des victimes, le ministre de l’Information a parlé de 7 tandis que les médias, officiels pourtant, l’ont fixé à 170.  » Ce nombre est difficilement vérifiable, en l’absence du manifeste sur lequel sont répertoriés tous les passagers qui montent dans l’avion « , a déclaré le général Olenga de l’armée de l’air.

C’est peut-être la raison de la gêne du gouvernement à ce sujet. Toutefois, vendredi après-midi, des journalistes ont été invités à visiter l’Iliouchine en question, sur l’aéroport de Ndjili, à Kinshasa. La porte arrière incriminée – en fait la rampe qu’empruntent les véhicules pour accéder à l’avion – était visiblement endommagée. Un mécanicien raconte que la panne avait déjà été signalée avant le voyage et que des techniciens avaient déjà tenté de l’arranger.

L’état de la flotte congolaise en question

L’accident de l’Iliouchine 76 relance le débat sur l’état de navigabilité des avions qui sillonnent le ciel congolais. La plupart des appareils, déclarés en fin de terme dans les pays européens, viennent terminer leur vie au Congo. La dislocation de l’empire soviétique a jeté sur le marché des avions de fabrication soviétique très peu performants mais moins chers. C’est ainsi que le ciel congolais est encombré de vieux Antonovs et Iliouchines en provenance d’Ukraine. Il y a deux semaines, un Antonov 26, appartenant à un homme d’affaires congolais, a raté son atterrissage sur l’aérodrome de Beni, province du Nord-Kivu et s’est retrouvé dans le décor. Il rentrait de Kinshasa et devait atterrir, en début de soirée, sur une piste non balisée. Par bonheur, il n’y a pas eu de victimes à déplorer.

A la direction nationale de l’aéronautique civile, on reconnaît que s’il fallait respecterer la législation à la lettre, très peu d’avions rempliraient les conditions pour voler en République démocratique du Congo.  » Nous sommes obligés de fermer les yeux sur les cas d’appareils techniquement en fin de terme mais encore techniquement acceptables parce que l’avion est le seul moyen de déplacement du pays, vues ses dimensions continentales « , explique un cadre de la direction de l’aéronautique civile qui a requis l’anonymat. En effet, pour des raisons de conjoncture difficile, l’Etat congolais s’est trouvé obligé de vendre toute sa flotte aérienne. Aujourd’hui, les lignes Aériennes Congolaises (compagnie nationale) n’ont plus que des bâtiments administratifs et un personnel pléthorique à gérer.