Toubab la ch’ti palabre

La communauté ch’ti afro a son média. Papier, site Web et émission de radio, Toubab propose depuis septembre 2004, dans la région Nord-Pas de Calais (France), trois supports d’information pour les Africains. Avec un ton provocateur, ce média vient compléter avec originalité une carence en information qui touche directement cette diaspora locale méconnue de l’Hexagone. Ce gratuit, tiré à 2 000 exemplaires, est un nouveau-né qui compte bien devenir, à terme, le relais nordiste d’associations afro parisiennes.

Toubab, l’hebdo nordiste français du monde afro a vu le jour en septembre 2004. Ce média local doit son existence à l’initiative de Serge Bompoutou, double diplômé de l’ESC (Ecole supérieure management et commerce) Lille et d’une école en stratégie de communication. Constatant une absence totale de médias qui s’intéressent à la communauté africaine locale, et ce dans une des plus importantes agglomérations françaises, il a décidé de relever le défi. Petite entreprise, Toubab espère devenir un tremplin important pour les associations afro parisiennes. Pour cela, trois supports : un hebdomadaire papier distribué gratuitement dans les cafés, gares et universités de Lille. Un site Internet, toubab.fr, pour l’instant vitrine du journal, mais « destiné à terme à devenir plus autonome et à apporter un complément conséquent à Toubab Hebdo ». Et enfin, une émission de radio sur Radio Campus Lille (106.6 FM), qui ne cache pas sa vocation « actualités, débats, polémiques ». Pour des raisons financières, l’équipe de Toubab (trois personnes actuellement assistées de quelques pigistes) a décidé de réduire pour quelques temps la parution du journal à un rythme mensuel.

Une vocation locale

La région Nord-Pas de Calais abrite une communauté africaine importante. Mais pour Serge Bompoutou, il n’existait pas de média local, voire régional, permettant de souder les ch’ti afros. En juillet 2004, il vient apporter une première pierre face à ce vide informatif, et crée un hebdomadaire ciblant en priorité les Africains et leurs associations de la région pour « devenir un réel support de communication au niveau local, le premier du Nord de la France. « Nous avons d’ores et déjà trouvé le soutien de partenaires de qualité, comme Eurolines, Travelex Money Transfert, et Africagora (association et club d’entrepreneurs oeuvrant pour l’intégration économique des minorités ethniques, ndlr). Mais nous avons encore du chemin à faire. Notre activité pour le journal n’est pas une activité à temps plein, j’occupe à côté un poste de salarié », précise-t-il. En attendant que la machine tourne à plein régime, la petite équipe continue de démarcher tant les acteurs privés que les acteurs publics.

Toubab est distribué gratuitement dans les cafés, restaurants, pôles universitaires et gares de Lille. Actuellement tiré à 2 000 exemplaires, l’hebdomadaire espère, à terme, atteindre les 5 000 exemplaires et devenir payant. L’émission de radio, quant à elle, demeure la ‘voix’ du journal : la plupart des personnalités interviewées par Toubab Hebdo font un détour chez Radio Campus. Le site Internet, aujourd’hui vitrine du journal, propose la quasi intégralité du contenu du numéro en cours (la version papier est aussi téléchargeable), ainsi qu’un agenda régulièrement mis à jour des événements africains dans le Nord. Les internautes trouveront également un forum pour débattre de sujets à la sauce Toubab : mariage blanc, réduction de la dette africaine, situation en Côte d’Ivoire,… La communauté ch’ti afro a trouvé son baobab.

Toubab provo ?

Depuis son lancement, le journal s’est déjà fait une réputation de papier provocateur aux débats polémiques, en posant des interrogations telles que : les Africains à l’écran, noirs ébènes ou cafés au lait ? « Notre ligne éditoriale est assez provocatrice, c’est une intention délibérée. Nous voulons susciter des réactions et provoquer le débat d’idées, être une tribune ouverte pour les Africains de la région », nous confie Stéphane Bompoutou. Au menu, interviews « pavé dans la mare », lettres ouvertes sulfureuses aux confrères journalistes et éditos coups de gueule. La dernière personnalité interviewée, Oumarou Camara, est un ancien combattant ‘sergent-chef de l’armée coloniale française’ qui revient sur l’enrôlement des Africains à l’époque coloniale et la discrimination raciale sous-jacente dans les rangs militaires.

Prochain numéro de Toubab Hebdo le 17 décembre 2004

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