Torture : l’Algérie refuse le visa à des enquêteurs d’Amnesty International

Quand Amnesty International demande un visa pour enquêter sur des allégations de torture, l’Algérie dit non.

Des chercheurs d’Amnesty International basés à Londres tentent d’enquêter sur des allégations de torture en Algérie, mais en vain. Les autorités algériennes ont, une nouvelle fois, refusé de délivrer des visas à l’ONG, a indiqué ce mardi Hassina Oussedik, directrice d’Amnesty en Algérie. Les chercheurs d’Amnesty essuient les mêmes refus depuis 2005, a ajouté la directrice de l’ONG à El Watan en marge d’une rencontre organisée mardi à Alger à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’Homme.

Pourtant, pas plus tard que juin 2013, les services du ministère des Affaires étrangères avaient fait « des promesses » pour débloquer cette situation, « mais à ce jour rien n’a été fait ». La situation semble urgente. Selon Hassina Oussedik, « les droits fondamentaux des citoyens algériens sont bafoués ». Elle cite notamment l’interdiction des manifestations pacifiques à Alger et les difficultés à créer des associations rencontrées par la société civile. Elle dénonce également la politique de réconciliation nationale qui selon elle ne prend pas en compte les principes de justice et de droit des victimes.

Un prix qui fait mouche

En parallèle à cette polémique, le Prix national des droits de l’Homme a été décerné ce mardi 10 décembre au Président Abdelaziz Bouteflika par la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’Homme (CNCPPDH). L’organisation a en effet attribué au chef d’Etat algérien la médaille des droits de l’Homme, un prix institué pour la première fois à Bouteflika pour « ses efforts inlassables » en faveur de la promotion des droits de l’Homme, indique l’APS. Le prix a été remis par le président de la CNCPPDH, Farouk Ksentini, au Secrétaire général de la Présidence, Habba El Okbi, venu représenter Bouteflika.

D’après Ksentini, la décision d’attribuer ce prix au Président Bouteflika est fondée sur « des arguments objectifs », précisant que « M. Bouteflika a milité depuis longtemps pour les droits de l’Homme et des peuples et que cela est un fait historique ». Il a notamment cité les actions menées par Bouteflika en faveur des droits de l’Homme en Algérie, comme le droit au logement social, les droits de la femme à travers la révision du code de la famille et le système de quotas à l’Assemblée Nationale Populaire (ANP).

Quant à la politique de réconciliation nationale évoquée par Hassina Oussedik, Ksentini estime que l’engagement du Président lui vaut « une reconnaissance mondiale de ses efforts ». « Un projet qu’il a pris à sa charge et dont les objectifs ont atteint 95% de réalisation sur le terrain », précise la même source. Tant d’éloges loin d’être partagés de tous, comme en témoigne Amnesty en Algérie, qui insiste sur le fait que les droits de l’Homme en Algérie sont « bafoués ».